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Tout le monde connait la réputation des Pommard par opposition aux Volnay : la puissance contre la finesse. Il s’agit d’un stéréotype beaucoup trop schématique, mais qui, comme bien souvent, a sa raison d’être, tout du moins à la base.
Cette raison d’être est avant tout historique, peut-être en partie liée à la combe de Pommard également, mais en aucun cas géologique comme l’a montré l’étude de Françoise Vannier que l’on peut retrouver ici : https://monocepage.com/geologie-de-pommard/
En effet au 19e siècle, les vins appelés Pommard pouvaient être faits à partir de raisins provenant de n’importe où. C’est en fonction du style recherché que les noms étaient ensuite écrits sur les fûts. Avec des cuvaisons de 14 à 20 jours en moyenne, « le Pommard » était donc le plus coloré, le plus concentré et le plus tannique, juste devant le « Chambertin ». « Le Chambolle, le Volnay ou le Beaune » étaient eux réservés aux vins faisant des cuvaisons courtes, de 5 à 10 jours en moyenne. L’histoire est sensiblement la même avec le gras des Meursault… Lorsque l’INAO a créé les AOC, à partir de 1936, les raisins ne provenaient plus que de la commune que porte le nom du vin, et cependant les choix de vinification ont perduré. Afin de mieux se vendre, L’INAO a dû inventer la fameuse « typicité des AOC » : ce sera la présence de fer dans les sols pour la dureté du Pommard, à l’instar de la coquille d’huître de Chablis ou le fumé des silex de Pouilly… Bien plus tard, lorsque les AOC se sont imposés auprès du grand public, c’est alors le consommateur qui demande au vin issu d’une appellation de correspondre au style qu’il recherche. Depuis quelques années seulement, une nouvelle génération de vignerons essaye de vinifier les Volnay de la même manière que les Pommard, sans parti-pris, pour laisser parler chaque terroir.
Comme l'ont montré les travaux de Françoise Vannier, la géologie de la Côte de Beaune fonctionne (logiquement) par couches horizontales superposées. Les couches contenant des argiles rouges (les Calcaires oobioclastiques et graveleux, les calcaires de Ladoix et les calcaires de Dijon-Corton en rose, marron puis orange sur le schéma ci-dessous) sont affleurantes plus ou moins entre le milieu et le haut du coteau, pile au niveau des Rugiens-Bas. Ils forment une bande horizontale, passant par exemple par les Meursault rougeots, les Volnay Frémiets, Les Pommard Jarollières, Rugiens-Bas ou Pézerolles au Nord et continuant à Beaune au niveau du Clos des Mouches. Autrement, nous sommes soit trop haut soit trop bas sur le coteau pour que le fer ait un impact. Rappelons que ce sont principalement les 30 premiers centimètres de sols environ qui ont un impact sur les nutriments puisés par la vigne.
« Le profil géologique de Pommard et son pattern physiographique s’inscrivent intégralement dans le schéma général de celui de toute la Côte. Ne cherchons pas d’explications issues du sol ou du sous-sol alors que cette réputation ne relève que d’une pratique œnologique spécifique qui est séculaire, laquelle s’avérera bientôt révolue. » site monocépage.
L’autre différence majeure entre Volnay et Pommard tient à la présence de la combe de l’Avant-Dheune qui traverse Pommard en son centre, créant une ouverture sur l’Ouest. Elle apporte la fraîcheur des vents d’Ouest dont l'impact est primordial sur une partie de l'appellation, des expositions différentes sur ses flancs, un « cône de déjection » à sa sortie et une dolomitisation plus forte sur les bordures de l’ancienne rivière.
Pierrick Bouley, Volnay 2023 : un vin clair en couleur, dans un style gourmand et en rondeur, où l’on ressent la puissance et la chaleur du millésime.
Pierrick Bouley, Volnay 2022 : plus coloré sur ce millésime, mais aussi plus frais, plus abouti à ce stade, avec un fruité très juteux et une belle allonge. Très beau village.
Pierrick Bouley, Volnay 1er Cru Clos des Chênes 2021 : un vin plus foncé, très complet, avec de beaux fruits noirs, beaucoup de fraîcheur et de tension, sans manquer de volume ni de maturité, un grain de tannins très fin sans boisé ressenti. Déjà délicieux, avec du potentiel aussi.
De Montille, Pommard Les Cras 2023 : couleur très claire, nez très floral avec des petits fruits rouges, bouche très élégante, peu tannique, déjà très accessible.
De Montille, Volnay 1er Cru Les Mitans 2023 : à l’ouverture un vin très réduit, beaucoup d’allumette, un côté rafle marqué aussi. Bien mieux après long carafage, beaucoup de volume, tannins très fins, grosse allonge, mais clairement à attendre.
De Montille, Volnay 1er Cru Carelle sous chapelle 2022 : très clair en couleur, infusé, floral, style tout en tension, pas beaucoup de corps, mais une finale très "minérale", salivante, à peine tannique, un vin très "vertical".
Yvon Clerget, Volnay 1er Cru Les Mitans 2022 : parcelle du bas de coteau, un vin clair en couleur, très gourmand, tout en rondeur, avec un peu d’élevage, semble déjà prêt à boire.
Yvon Clerget, Volnay 1er Cru Clos des Angles 2022 : parcelle juste au-dessus de la précédente, un vin plus austère, caillouteux, petite réduction au nez, plus animal, élevage mieux intégré, bouche avec plus de tension et de longueur, qui offre moins de plaisir en l’état mais qui ira probablement plus loin. Très différent du précédent.
Yvon Clerget, Volnay 1er Cru Les Brouillards 2022 : un style en rondeur, très gourmand, avec un beau volume, dans le style es Mitans avec un côté un peu plus toasté ici.
Yvon Clerget, Pommard Les Chanlins 2022 : Couleur claire, nez un peu solaire, cerise rouge et fraise confiturée. Bouche avec de la puissance, du corps, un très beau fruité, des tannins encore un peu marqués mais de qualité.
Jean-Marc Bouley, Pommard 2019 : Comme le précédent, un vin clair en couleur, avec une impression de fruits rouges légèrement sucrés, un côté solaire, mais une bouche un peu plus en tension.
Comte Armand, Pommard 1er Cru Clos des Epeneaux 2017 : plus coloré que les précédents, un nez qui pinote clairement, plus épicé aussi, encore une touche d’élevage. Bouche très noble, qui combine fruité, fraîcheur, volume, avec beaucoup de longueur. Un vin qui commence à bien se livrer avec aussi un gros potentiel de garde.
Albert Grivault, Pommard 1er Cru Clos blanc 2020 : couleur sombre, nez de cerise noire, d'épices. Bouche bien équilibrée entre un fruité mûr et une acidité élevée, peu de tannins, pas très long, mais déjà très accessible.
Comtes Lafon, Volnay 1er Cru Santenots du Milieu 2020 : couleur très sombre, nez de fruits noirs, cassis, café, olives, même des notes de viande fumé et d’anchois qui feraient penser à de la syrah. Bouche dense, aux tannins très fins et bien enrobés, un profil sudiste mais parfaitement équilibré, beaucoup de longueur. Un excellent vin, même s’il ne fait pas vraiment pinot sur ce millésime très chaud.
Henri Boillot, Volnay 1er Cru Chevrets 2008 : couleur rouille, nez évolué, sous-bois, fer, orange sanguine. La bouche est finalement plus en finesse que ce qu’on attendait, assez ronde et presque facile pour un Chevrets 2008.
De Courcel, Pommard 1er Cru Grand Clos des Epenots 2004 : un style très « à l’ancienne », avec un nez complexe, sur le cuir, le sous-bois, animal, fumé, mentholé, kirsché. Bouche aux tannins encore très serrés, avec une touche végétale, qui demande nécessairement la table.
De Courcel, Pommard Les Vaumuriens 2018 : un vin avec un peu de gaz, qui a eu besoin d’un long carafage, nez de cassis, de garrigue, thym, herbes séchées. Bouche puissante, dans un esprit « Châteauneuf » avec un fruité confituré mais assez rond, beaucoup de corps et de gourmandise, très long, vraiment excellent même s’il ne pinote pas du tout.
Feu Madame Jean Meneveaux, Pommard Les Riottes 1996 : très prometteur à l’ouverture, malheureusement le vin s’est ensuite très vite oxydé. A boire dans les minutes qui suivent l’ouverture.
Les Horées, Volnay Le Matin blanc 2023 (sur roches et paux bois) : robe très claire, nez éclatant, très floral, bien dans le style du domaine, qui tire sur le nature. Bouche qui n’a pas un gros volume, aérienne, élégante, avec une certaine tension sur ces parcelles du haut de coteau. Très joli dès maintenant.
Louis Billard, Volnay 2023 : couleur sombre, nez au fruité mûr et noir avec un peu d’élevage. Bouche avec du corps, encore jeune, on sent qu’il y a eu de l’extraction, il y a quand même de l’acidité derrière. Un vin ambitieux pour un village, à attendre.
Buisson-Charles, Pommard 1er cru Clos Micault 2021 : couleur sombre, nez frais, mentholé, un peu d’élevage, touche végétale. Bouche légère, peu tannique, manque un peu de corps mais facile à boire.
Jean-Marc Boillot, Pommard 1er Cru Les Jarollières 2017 : Couleur sombre un peu évoluée, nez kirsché, ferrugineux, déjà un peu évolué. Bouche terreuse, tannique, avec un beau volume et de la longueur. Bien dans l’archétype du Pommard à l’ancienne.
Arnaud Baillot, Volnay 1er Cru Les Mitans 2022 : couleur claire, nez très fruits rouges et fleurs, bouche toute en rondeur, ultra gourmande, soyeuse, déjà prêt à boire.
Les vins étaient globalement d’un très bon niveau, sans bouteille vraiment en-dessous ni vraiment au-dessus du lot. Les styles étaient très variés, allant du très fin au très rustique. Globalement, les Pommards ont semblé un peu plus fermes au niveau du grain de tannins que les Volnays.
Clos de l'Ecotard Quarts St Vincent 2020, A. Jobard Bourgogne chardonnay 2024, Peyre Rose Rose 2024, Anglore Jardin d'Orfeuil 2020, P. Bouley Monthelie Aux Fournereaux 2023, Clos Venturi Guarando 2023, Prieuré St Jean de Bébian rouge 2023, Minimalist No place like home 2023, Les Bariolés Suquets 2024, Ganevat les cèdres 2020, Suenen C+C.
Mayard Lirac rosé 2025, H. Chauvet Qui Sait 2022, Vacheron Sancerre Paradis 2011, Abbott Claim chardonnay X Omni 2023, V. Courregès Senzo 2024, Birichino Enz mourvèdre 2023, Clos Constantin Kaolinite 2024, Dureuil Rully En Guesnes 2023, Clos de l'Epinay Clos Palet 2024, Coulée de Serrant 1988, Burmester Vintage 1994.
Grange d'Ernest Blanc 2023, JM Pillot Chassagne-Montrachet 2024, Mas Jullien Lous rougeos blanc 2022, Tarlant Louis 1996 dég. 2025, Ferraris Ruchè Sant'Eufemia 2024, Dubuet Monthélie Champs Fulliot 2019, Phelan Farm Autrement 2022, B. Montel Lueurs 2023, Apollin Aux vignettes 2024, Distillerie Volcanique Verveine.
Francis Florentin a repris en 2025 une parcelle de 12 ares 75, à St-Julien-de-Coppel (à l'Est de Corent). Ce sont des vignes d'environ 70ans de vieux gamays d'Auvergne plantés à 10 000 pieds/ha. Sols argilo-calcaires, avec une très légère influence volcanique.
Francis est un ancien caviste, qui connait très bien le milieu du vin. Depuis quelques années, il est employé à la vigne chez Henri Chauvet, qui lui prête du matériel et chez qui il vinifie.
Francis Florentin, A ma main 2025 Vin de France : (premier millésime donc. Grappes entières. Elevage en vieux fûts de blanc d'Alsace. Vinifié chez Henri Chauvet. 10mg SO2 à la mise uniquement. 11%) Une couleur claire, peu extraite, qui ferait plus penser à un pinot qu'à un gamay. Le nez nous ramène vite sur un gamay, plein de fruit, de cerise rouge, de framboise, avec encore une petite touche amylique. La bouche est très juteuse, croquante, pleine de fruit frais, légère en alcool, mais quand même du corps pour un vin à 11%, avec une texture très soyeuse, un profil plutôt en rondeur, avec beaucoup de gourmandise et surtout très facile à boire.
Madère est un petit archipel d'îles (dont l'île principale se nomme aussi Madère), appartenant au Portugal et situé dans l'Océan Atlantique.
C'est un archipel au climat subtropical humide (soumise à l'anticyclone des Açores et au Gulf Stream), où il ne fait jamais très froid, mais jamais très chaud non plus, avec beaucoup de vent et énormément de pluie sur la partie Nord de l'Ile principale. Il s'agit aussi d'un volcan, culminant à 1862m d'altitude.
Les vignes ne sont plantées que sur les bords de l'île. Les cépages secs comme le sercial sont généralement plantés sur les secteurs les plus froids et vendangés en dernier, contrairement à la malvoisie plantée sur les secteurs plus chauds.
Il y a à l'heure actuelle 7-8 producteurs, qui achètent les raisins à environ 2000 viticulteurs (seul H&H possède une quinzaine d'hectares), pour un total de 500 hectares environ. Chaque producteur récupère donc des raisins d'un peu partout sur l'île.
Les sols sont donc volcaniques, on distingue : le saibro (un tuf rouge décomposé), le cascalho (un sol caillouteux), la pedra mole (un tuf jaune sableux) et les massapes (littéralement « coup de pied », une argile issue de la décomposition d'un tuf sombre).
Les vignes sont historiquement plantées en pergola, ce qui permet une double culture (de la patate douce par exemple), mais depuis quelques années on peut aussi trouver des vignes en VSP (= palissage) comme sur la photo du bas.
Les cépages
On peut aussi trouver du Bastardo (=trousseau) et il y a longtemps du Moscatel (= muscat). Le Tinta Negra est de loin le cépage le plus planté, il sert pour toutes les entrées de gamme. Le boal et le sercial sont les plus rares et donneraient les vins les plus complexes, sans parler du Terrantez quasiment disparu car très sensible aux maladies ou au botrytis.
Histoire
Lors des voyages en bateau (environ 16e siècle), les vins étaient fortifiés à 20% d'alcool pour la conservation. Mais on s'est aussi rendu compte que plus ils passaient de temps proche de l'Equateur, sur la route pour le Brésil ou les Indes, à des températures avoisinant les 50°, meilleurs ils étaient. D'où la méthode moderne unique au monde qui consiste à faire chauffer les vins.
Fabrication
En fonction du taux de sucre que l'on veut obtenir, les vins sont mutés à l'alcool de vin à 96°, ce qui va stopper la fermentation (au 1er-2e jour environ pour les plus sucrés, après une semaine pour les plus secs) et permettre d'obtenir des vins à environ 20% d'alcool.
Les vins sont ensuite chauffés soit par la méthode de l'estufagem (quelques semaines dans des cuves), soit par la méthode plus noble mais plus longue du canteiro (quelques années en fût dans un endroit chaud, le plus souvent sous les toits).
L'élevage se poursuit ensuite en fût de chêne (les "pipas") qui font le plus souvent autour de 500L, sans ouillage. D'Oliveiras est l'un des rares producteurs de l'île à n'utiliser que du chêne américain. On dit généralement qu'après mutage/chauffe/élevage oxydatif les vins ne vieillissent plus une fois embouteillés et ne bougent pas après ouverture de la bouteille.
Les vins sont généralement bus dans des verres à vin blanc, à des températures qui sont plutôt celles des vins rouges (16-19°).
Depuis quelques années, il existe aussi des vins blancs et des vins rouges non fortifiés, produits soit sur l'île principale soit sur celle de Porto Santo. Les vins n'ont pas la DOP Madère, mais la DOP Madeirense. Le climat permet enfin de produire de tels vins, même s'ils restent très légers en alcool, mais c'est aussi clairement un effet de mode.
Soirée 1
1 Barbeito, Vinhas do Farrobo Bastardo 2022 : (100% trousseau) rouge très léger (10%), très clair en couleur, proche d’un rosé, fait sur le Nord de l’île principale, très framboise, groseille et floral. Bouche légère, acidulée, quand même texturée, assez courte mais très digeste, presque désaltérante.
2 Antonio Maçanita et Nuno Faria, Vinho do Porto Santo Caracol 2024 : (Porto Santo est une île légèrement plus chaude et humide, aux sols sédimentaires. Les vignes sont très proches du sol, dans le sable, pour éviter le vent) blanc vif et citronné, légèrement plus haut en alcool que le précédent (12%), avec un élevage sur lies léger, peu de corps, mais une finale salivante avec une sensation saline.
3 Barbeito, Madère Rainwater Reserva 5ans (demi-sec) : Entrée de gamme à l’univers des Madère, dans un style facile (Rainwater viendrait de l’eau qui pouvait imbiber les fûts lorsqu’ils étaient à l’air libre), en rondeur, avec peu d’acidité, pas mal de sucre pour un demi-sec, sur des notes de toffee, la finale est un peu courte, l’alcool se ressent un peu. Pas mauvais, mais très loin du niveau des suivants.
4 D’Oliveiras, Madère Verdelho 2007 emb. 2023 (demi-sec) : couleur ambrée, nez très différent du précédent, beaucoup plus chocolat noir, café, noix, cannelle, date… Bouche très punchy, pas très riche en sucre, avec une très belle acidité, peut-être pas le plus complexe de la soirée mais l’équilibre est parfait, avec une sensation de fraîcheur et de vin digeste malgré les 20%, l’ampleur et la longueur des grands Madère.
5 D’Oliveiras, Madère Sercial 1969 emb. 2018 (sec) : couleur acajou, nez plus marqué par le temps en fût, encore plus « noir », proche d’un vieux whisky du Speyside en fût de sherry, peu de fruit, mais très riche en café, encaustique, polish, cire, tabac, boîte à cigare, girofle. La bouche est légèrement plus sèche que le verdelho 2007, mais de peu, un peu plus en rondeur avec un peu moins d’acidité, plus complexe, mais un peu moins aérien, il demande plus de temps, longueur exceptionnelle là aussi.
6 D’Oliveiras, Madère Boal 2006 emb. 2024 (demi-doux) : un boal qui semble encore un peu fermé, compact, puissant et riche, probablement encore un peu jeune pour un boal, en tout cas dans cette séquence-là.
7 D’Oliveiras, Madère malvoisie 2002 emb. 2022 (doux) : couleur acajou, très beau nez sur le café, la noisette, la noix, un côté menthol/eucalyptus. Comme le Verdelho 2007 c’est surtout l’équilibre qui est parfait sur cette version. La bouche est assez riche en sucre, mais avec une acidité très élevée, beaucoup de fraîcheur, et presque un côté aérien sur ce Madère, sans perdre en intensité et en longueur. Une nouvelle grande bouteille. Signe que les Verdelho et les Malvoisie nécessitent moins de temps que les Boal ou les sercial réputés plus nobles.
8 D’Oliveiras, Madère Tinta Negra 1998 emb. 2021 (doux) : robe acajou, quelques reflets rouges, nez de chocolat noir, café, un côté fruits rouges également. Bouche sucrée, avec un peu moins d’acidité que la malvoisie, un peu plus vineuse et en rondeur avec un peu moins d’allonge.
Soirée 2
1 Antonio Maçanita et Nuno Faria, Tinta Negra dos Villoes 2024 : (100% tinta negra sur l’île de Madère. 10%) rouge très léger, fruité et floral, acidulé, simple et facile à boire.
2 Antonio Maçanita et Nuno Faria, Vinho do Porto Santo Caracol 2024 : (pressé grappes entières, 10mois d’élevage en cuves inox. Sols sables et calcaires ici) Blanc plus sérieux que le rouge précédent, tendu, avec une autolyse plus marquée que sur la bouteille de la soirée précédente, un peu pus énergique et salin.
3 D’Oliveiras, Madère Sercial 1990 emb. 2022 (sec) : très belle bouteille dans un style austère, qui a semblé plus sec et punchy que le 1969 de la précédente soirée.
4 D’Oliveiras, Madère Verdelho 2007 emb. 2023 (demi-sec) : derrière le Sercial 1990, le vin a d'abord semblé un peu alcooleux. Mieux sur la fin de la dégustation. Mais un peu moins de plaisir pris que sur la bouteille de la semaine précédente.
5 Henriques & Henriques, Madère Verdelho 1934 emb. 1960’s ? (demi-sec) : un bonus hors-norme, d'une couleur brun orangé, le nez est fruité sur la marmelade d'orange, l'abricot sec, le miel, avec une petite évolution sous-bois/fumé, une volatile un peu plus haute qui rappelle certains oxy catalans. La bouche est par contre très fondue, pas très acide mais pas très sucrée non plus, en rondeur, plus gourmand et moins violent que les D'Oliveiras, moins de peps, mais aussi moins d'allonge saline, un côté facile à boire ici. A la fois jeune par son côté fruité et son relativement peu de temps en fût (et probablement aussi des fûts de chêne français qui boostent moins l'élevage que chez D'Oliveiras) et à la fois comme patiné par le temps en bouteille. Comme quoi, à l'image des spiritueux on pourrait parler d'OBE (old bottling effect) après autant d'année, avec une sensation de rondeur (perte d'alcool et d'acidité). Merci Michel !
6 D’Oliveiras, Madère Boal 1988 emb. 2018 (demi-doux) : très belle bouteille, pas trop sucrée pour un Boal, équilibre parfait entre gourmandise sucrée et tension acidulée, longueur interminable.
7 D’Oliveiras, Madère malvoisie 2003 emb. 2020 (doux) : une belle bouteille mais qui aura été surclassée par la suivante, un peu plus de fruit et de rondeur ici mais moins d'intensité.
8 D’Oliveiras, Madère malvoisie 2002 emb. 2022 (doux) : comme lors de la soirée précédente, une très grande bouteille qui a fait l'unanimité.
9 Niepoort, Porto Vintage Quinta do Passadouro 1995 : le strict opposé du Madère, avec des raisins rouges, un élevage court d'environ 2ans en fût, sans oxydation, et sans la ""chauffe". Un porto sur les fruits rouges et le chocolat, qui semble un peu simple, voire même un peu fatigué derrière les Madère.
Quelques accords mets/vins
Du plus sec au plus sucré : poisson grillé, saumon fumé, sushi, tartare cabillaud/bœuf sauce balsamique, salade balsamique, manchuego/fromages secs, olives/tapenades. Viande en sauce type soja, érable, caramel, miel, Madère. Vieilles mimolettes, pâtes persillées. Dessert chocolat, café, noix. Cigares...
Conclusion
Une découverte pour la plupart des participants, qui ont été marqué par l'intensité, la complexité et les longueurs en bouche exceptionnelles avec lesquelles les vins non fortifiés ne peuvent rivaliser. Le tour de force des grands Madère est aussi de rester digeste, frais, et ne saturent pas le palais grâce à leur acidité élevée et leur absence de tannins, et ce malgré un taux d'alcool autour de 20%.
On poursuit les soirées-rencontres avec la nouvelle génération de vignerons auvergnats. Cette fois-ci Géraud du domaine Lapilli et Landry du domaine Elémentaires sont venus nous présenter leurs vins. Ils se sont prêtés à cet exercice difficile, ont affronté les critiques et les nombreuses questions. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'ils s'en sont tirés avec brio, aussi bien par leurs réponses toujours précises, avec modestie et sans dogmatisme, que par la qualité de leurs vins. Aucun doute que l'expérience sera renouvelée et que nous suivrons les prochains millésimes de ces deux domaines.
Fleur de pente (80% pinot noir-20% gamay) 2024 : une cuvée très expressive dès l’ouverture, très fruitée, légère en alcool sur ce millésime, aérienne, aux tannins fins, le pinot domine clairement avec une touche florale également. Très accessible et facile à boire.
Meïzou (60% gamay-40% pinot noir) 2024 : une cuvée très expressive aussi, très fruitée, un peu plus de corps et de puissance que le précédent, plus de caractère, tout en gardant la touche fraîche du millésime 2024, probablement un peu moins de plaisir immédiat mais plus de potentiel de garde.
Meïzou 2023 : profil très différent du précédent, on sent le millésime plus solaire, plus de puissance et de corps, fruité plus mûr, le tour en carafe lui a fait du bien, beaucoup de longueur, le vin a gardé ce qu’il faut d’acidité pour rester équilibré. Très joli vin, qui se goûte encore bien mieux qu’il y a un an. C’est aussi très prometteur de voir que les vins seront encore meilleurs avec un peu de bouteille ou avec des élevages prolongés à l’avenir.
Demain (gamay d’Auvergne) 2024 : un pur gamay au profil plus sérieux, avec beaucoup de tension et de profondeur, au fruité moins immédiat. Les tannins sont un peu plus présents mais sans être asséchants, la finale est très longue. Très beau vin, à attendre encore quelques années dans l'idéal.
Nord & blanc (gamay d’Auvergne-blanc de noirs) 2024 : un OVNI, dans un style différent du 2023, couleur plus saumonée, petite touche oxydative sur ce millésime (ouillage 1 fois par mois plutôt qu’1 fois par semaine à une certaine période), très complexe, il doit finir de se mettre en place, des notes de pomme verte, de noix, de fruits jaunes type abricot, de rose. La bouche est sur la tension, avec une sensation saline en finale, très salivant, très beau volume, tout en restant frais et avec peu d’alcool. Il devrait permettre d’excellents accords à table.
Nord & Blanc (gamay d’Auvergne-blanc de noirs) 2023 : profil un peu plus facile d’accès derrière le 2024, mais un an de plus en bouteille lui a permis de se poser, de gagner en complexité et en équilibre. C’est le seul vin du domaine (et d’Auvergne ?) qui n’est pas plus solaire en 2023 qu’en 2024, profil plus en réduction sur lies, noble, petite touche grillée, floral, brioché, aromatique proche d’un champagne blanc de noirs, avec une très belle longueur.
L’après-minuit (cinsault) 2024 : on attaque par un cinsault du Gard, tout en fruit et en gourmandise, en rondeur, peu d’acidité, peu de tannins, avec un fruité légèrement sucré, il reste bien équilibré surtout grâce à son taux d’alcool peu élevé (12%).
Mutinerie (syrah) 2024 : syrah de Chiroubles dans le Beaujolais, au profil encore plus frais et léger que l’an dernier, moins de 10% d’alcool ici, mais le vin n’est pas maigre pour autant, avec une aromatique de syrah classique, sur les fruits noirs, la violette, qui commence à larder un peu, quasiment pas de tannins. Dangereusement buvable.
L’Etreinte (pinot gris) 2024 : sur ce millésime frais, le vin semble néanmoins un peu plus gras et dense que l’an passé, sans être plus élevé en alcool, très belle texture, beau fruité, semble plutôt tond et gourmand à l’attaque mais la finale commence à se retendre et à montrer une dimension saline très intéressante et prometteuse pour l’avenir de ce vin.
L’Etreinte (pinot gris) 2023 : profil très différent du précédent, travaillé en réduction, plus marqué par les lies, avec des notes grillées, bouche plus en tension, plus énergiques, moins de gras, moins de fruit et de gourmandise aussi, plus citronnée.
Suivre l’Est (gewurztraminer) 2024 : un gewurz sec, qui évite très bien l’écueil du trop variétal (rose, litchi), plutôt sur les fruits exotiques, les épices, avec une belle tension, et une sensation saline très marquée en finale. Il a réussi à convaincre les plus sceptiques.
On finit avec quelques Bonus : Sottu Scala 2021 de U Stiliccionu et la Framboise de Lavantureux.