Le site de la Cave du Théâtre à Clermont-Ferrand : retrouvez les nouveautés, les visites en Auvergne et l'historique des Soirées dégustation - sélection des vins pour la carte de notre restaurant, La Régalade.
Le rendez-vous était pris depuis plusieurs mois, voire quelques années pour certains : réunir toutes nos plus belles bouteilles de Barolo afin de vivre une soirée mythique entre passionnés du Piémont. Ayant personnellement appris tout ce que je sais de cette appellation grâce au document pdf (je le transmets volontiers par mail aux intéressés) de Nicolas Herbin, ancien caviste en Suisse et désormais consultant pour Origine 1980, je décide de lui faire un mail, sans vraiment y croire… « Avec grand plaisir, l’occasion fait le larron » ! Très accessible et toujours prêt à transmettre, Nicolas sera donc notre douzième homme.
Nos caves étant principalement remplies de « traditionnalistes » (élevages en foudres et non en barriques pour simplifier), nous n’aurons que des représentants de ce style, avec pour la plupart une volonté de travailler sur la finesse et une majorité de crus sur l’Ouest de Barolo, la partie de l’ère tortonienne, donnant des vins globalement un peu plus souples que sur la partie Est (avec de belles exceptions bien sûr).
Les notes sont à relativiser, car quelque part tout était exceptionnel ce soir-là, c'est surtout un moyen de hiérarchiser nos préférences.
Les vins ont été pour la plupart ouverts le matin pour le soir, servis en Riedel superleggero syrah à 18° environ. Il fallait bien ça, les vins se sont encore mieux comportés après quelques minutes dans le verre.
1 Ca’ di Press, Barolo di Monforte 2019 : (à Monforte, parcelle Perno) Couleur claire, nez de fruits rouges confiturés et de fleurs. Bouche en finesse pour Monforte et 2019, déjà accessible même s’il y a encore un peu de tannins sur la finale, un joli style, traditionnel propre et maîtrisé, élégant. Belle introduction. TB.
2 Giacosa, Barolo Falletto 2012 : (à Serralunga) Couleur assez sombre, nez fruits noirs, menthol, eucalyptus, goudron, tabac, épices. Bouche comme souvent chez Giacosa qui manque un brin de folie à mon goût, maîtrisée, complexe, avec des tannins fins, mais qui manque un peu d’intensité. C’est très bon, mais en-dessous des suivants. TB.
3 Accomasso, Barolo 2012 : (à La Morra, parcelle Rocche dell’Annunziata) Couleur claire, un peu tuilée, nez fruité, floral, légèrement terreux et sous-bois. Bouche toute en finesse et en rondeur pour Accomasso, où on sent le « petit » millésime mais pile à point, avec beaucoup de gourmandise, des tannins fins, gros plaisir immédiat. Pour chipoter il manque un poil de longueur par rapport aux tout meilleurs du soir. TB++.
4Borgogno, Barolo Cannubi 2013 : (à Barolo) Couleur claire, nez étonnant, pastèque, litchi, fraise haribo, amylique, ça sent les fermentations à froid, peut-être même le levurage, ce qui serait très étonnant pour le domaine. On émet pas mal d’hypothèses, mais on ne sait pas trop. La bouche est ronde, facile, fruité bonbon, monolithique et de longueur moyenne. B-.
5Vajra, Barolo Bricco delle Viole 2013 : (à Barolo) Couleur assez sombre, magnifique nez, très classique, floral, goudron, myrtille, épices, réglisse, une bouche un poil en-dessous du nez, où on sent la parcelle en altitude, le terroir tardif sur un millésime frais, il y a du menthol, des notes presque végétales, mais nobles, la finale serre juste un peu trop, avec des tannins moins gras que les suivants. Mais un sentiment de noblesse, de « beauté froide ». TB+.
6 Burlotto, BaroloMonvigliero 2014 : (à Verduno, un des très rares Barolo en grappe entière même sur ce millésime très pluvieux. Foudres français ici et non de Slavonie) Couleur très claire, nez très « Monvigliero » de fraise écrasée et de rose. La bouche est en dentelle, quasiment pas de tannins, fraise écrasée, rose, éclatant, avec un sentiment de perfection, tout est à la bonne place, beaucoup de gourmandise, tout en gardant du fond et juste ce qu’il faut de l’acidité du nebbiolo pour un rendu très aérien. Exceptionnel.
heureusement, nous avions le "Masnaghetti" sous la main
7 G. Mascarello, Barolo Monprivato 2009 : (à Castiglione) Couleur très claire, un peu tuilée, nez plus évolué que le précédent mais très beau aussi, fruits rouges confiturés mais un peu plus cuits, pot-pourri, léger sous-bois. Bouche fantastique, plus jeune que le nez, tannins fins et fruité gourmand bien présent, un peu moins sucré que le Monvigliero, plus d’acidité, plus « Barolo », beaucoup de fond, une belle allonge, touche quinine, la grande classe du Monprivato, équilibre parfait entre finesse et structure. Il ne tome jamais dans la lourdeur même sur ce millésime solaire. TB++.
8 G. Rosso, Barolo Vigna Rionda Ester Canale 2018 : (à Serralunga. Vieilles vignes héritées de la légende Tommaso Canale) Couleur très claire, le nez le plus bourguignon, petits fruits rouges, pivoine, framboise, cerise, ça pinote. Bouche ultra élégante, fruité éclatant, tannins très fins, pas forcément un gros volume mais sans que ce soit gênant, toujours ce fruit éclatant d’un grand bourgogne mais avec une tension et une sensation minérale derrière qui allonge loin. Bien sûr il va gagner en complexité avec le temps, mais quel délice en l’état, et quel style ! TB++.
9 G. Rinaldi, Barolo Tre Tine 2016 : (à Barolo, parcelles Le Coste, Cannubi San Lorenzo et Ravera) Couleur moyenne, à l’ouverture le nez est joli, avec de la rose, de la griotte, petite volatile au départ, balsamique, la bouche semble plutôt bien équilibrée et assez fine, mais la volatile ne cesse de prendre de la place, jusqu’à prendre même toute la place, le fond de verre ne semble pas très propre même. C’est la déception du soir pour moi. B.
10 Bartolo Mascarello, Barolo 2015 : (à Barolo, Canubbi, Rue, Rocche dell'Annunziata, Monrobiolo di Bussia, Nelso) Couleur moyenne, nez magnifique, fleurs séchées, goudron, réglisse, tabac, balsamique, herbes aromatiques, toute petite volatile mais qui est bien intégrée à l’ensemble et ne s’amplifiera pas. La bouche est encore jeune, puissante, tannique, me rappelle l’Accomasso 2015 bu récemment, il y a du fond, un grand vin en devenir sans nul doute, mais moins de plaisir immédiat ce soir-là. TB+.
11 Cavallotto, Barolo Riserva Vignolo 2008 : (à Castiglione) Couleur sombre, nez évolué, sur le thé noir, la viande fumée, très différent des autres. La bouche est encore puissante, massive, à l’ancienne. Un vin qui a bien joué son rôle de faire-valoir pour le suivant, mais pas plus. B+.
12 G. Conterno, Barolo Riserva Monfortino 2008 : (à Serralunga, parcelle Francia) Une couleur parmi les plus sombres de la soirée, le nez est exceptionnel dès le départ, combinant un fruité intense, noir et rouge à des notes très nobles d’herbes, de balsamique, de pot-pourri, réglisse, fumé. La bouche, comme le nez, est la synthèse de tout ce que nous avons eu de mieux jusqu’ici, combinant finesse et structure, avec une attaque plutôt large et soyeuse, et une finale qui allonge très loin, avec de l’acidité, des tannins de qualité, le vin semble sur un plateau, excellent aujourd’hui, parti pour durer des années. D’entrée, Nicolas qui a surtout eu l’occasion de boire des vieux Monfortino reconnait le style de la cuvée, « ça goûte Monfortino, même jeune ». Un grand terroir, sublimé. Il fallait réussir à passer derrière tous ces grands vins : la légende a été à la hauteur de sa réputation. Exceptionnel.
Un grand merci à tous les participants de cette soirée exceptionnelle, et notamment à Nicolas pour toutes ses explications et anecdotes, mais aussi pour avoir transmis sa passion pour cette si belle région. En espérant bien évidemment que ce ne soit pas la dernière…
L'Afrique du sud est un vignoble très solaire et sec : Stellenbosch est sur le 34e parallèle (=sud de l’Espagne). On plante donc là où le climat est méditerranéen. Les vignes sont au sud, en montagne (500-600m pour le plus haut), sur la côte atlantique et autour de False Bay où l'on trouve un vent frais surnommé le « cape doctor ».
Histoire :
17e siècle les Hollandais arrivent en Afrique du Sud. Ils plantent les premières vignes.
19e siècle (jusqu’au phylloxéra) gros développement du vignoble, grâce aux Anglais qui occupent l’Afrique du Sud.
1948-1991 : L'Apartheid freine les exportations.
Après 1991 : Reprise de exportations. Beaucoup de grandes marques. On plante beaucoup, on favorise les rouges, le volume, les cépages internationaux.
Années 2000 : Swartland Revolution grâce à Eben Sadie, Mullineux, Badenhorst, Porseleinberg.
Quelques Chiffres :
9e producteur mondial avec 92 000 hectares. (Environ taille de Bordeaux).
Aujourd’hui 55% vins blancs et 45% vins rouges. (Dans les années 1990 80% de blancs !) Etonnant pour un pays chaud.
Près de 30% des vignes ont moins de 10ans.
Consommation locale : 6,6 L moyenne /an / habitant (44 L en France). La bière est de loin n°1 en Afrique du Sud. Mais les chiffres sont en hausse. Localement on boit surtout des vins bas de gamme, mais là aussi c’est en train de changer : de plus en plus de vins Premium et des Consommateurs de mieux en mieux éduqués.
Export : Moitié d’export / Moitié conso locale. Export Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas. Grosse partie de vins en vracs (sauvignon, chenin et chardonnay en tête).
Cépages :
Chenin (19%), Cabernet Sauvignon, colombard et sauvignon (11%), le Shiraz (10%) chardonnay et pinotage (7%), merlot (6%).
Pays où est planté le plus de chenin blanc au monde. 16 827 ha en 2021.
Le cépage Pinotage ; il est unique à l'Afrique du Sud. Il a été développé en 1925 par le professeur Perold à l'université de Stellenbosch, et est un croisement entre le Pinot Noir et l'Hermitage (Cinsaut).
Soirée n°1
1 Chris Alheit, WO Western Cape Hereafter here chenin 2022 : (Domaine créé en 2010 de 21ha basé à Walker Bay, mais travaillant dans différentes régions, une partie en négoce et une partie en vignes personnelles. Spécialisé dans le chenin, plutôt autour du Cap. 100% chenin. Jeunes vignes du Swartland, Piekenierskloof, the Bottelary, Polkadraai, Paardeberg et Tygerberg. Pressurage grappes entières. Fermentation et élevage barriques anciennes 12 mois, puis 6 mois en cuves sur lies fines. 13,2% vol.) Couleur dorée, nez de fruits exotiques et fruits jaunes, miel. La bouche est bien équilibrée entre le fruité mûr et un travail sur la fraîcheur, avec de la vivacité, pas vraiment de gras, pas trop d’alcool ni trop de volume. Belle entrée de gamme, pas très complexe mais quand même un peu de longueur, le vin reste frais, fruité, facile à boire, parfait pour commencer.
2 Eben Sadie, WO Swartland Skerpioen 2022 (chenin, palomino) : (Créé en 2000 par Eben Sadie, après plusieurs années passées un peu partout en Europe et notamment à Terroir Al Limit. Style « européen ». Achats de raisins, sur 38 parcelles, surtout dans le Swartland, toutes en biodynamie. 50% chenin, 50% palomino Entre Dwarskerbos et Eland Bay Vignes de 1946 65ans à 2kms de l’Atlantique, 30m altitude. 2000 pieds / ha. Sols calcaires et un peu de sable. Fermentation et Elevage 1an foudres anciens acacia et chêne) Couleur or, nez de fruits du verger mûrs, miel, acacia, touche fumée, subtil mais il pourra gagner en complexité avec le temps. La bouche présente un très beau volume, mûre, sans être alcooleuse, avec une très belle acidité qui porte le vin très loin, la finale est très longue, salivante, avec une sensation de salinité et de minéralité.
3 Storm, WO Hemel-en-Aarde Ridge chardonnay 2022 : (Après 12 ans chez Hamilton Russell, Hannes Storm a planté des vignes en 2008 et premier millésime du domaine en 2012. 330m alt. Vignes de 2009. Parcelle 1,1ha est. 7500 pieds /ha. Sols d’ardoise riches en argile. Elevage 8 mois en barriques françaises de 228l. 32% neuves. 10% du vin est élevé en amphore. 13% vol.) Couleur or pâle, nez très chardonnay bourguignon au départ, fruits jaunes, beurré, brioché, toasté, avec l’ouverture de plus en plus ananas voire mangue qui détournent un peu de la Bourgogne car pour le reste c’est du classique. La bouche est très bien faite, classique, avec de la rondeur, du gras, du fruit mûr, et une belle acidité derrière, encore un peu d’élevage vanillé à intégrer. La longueur est là. Très beau chardonnay, auquel on peut juste reprocher de manquer un peu d’originalité.
4 Reyneke, WO Stellenbosch Reserve white 2021 (sauvignon) : (vaste domaine en biodynamie, sur le secteur de Polkadraii, à l’ouest de Stellenbosch. Elevage 80% fûts neufs) Couleur or pâle, nez de sauvignon mûr, buis, agrumes, touche fumée, assez proche d’un joli sauvignon de Loire, pas du tout typé Nouvelle-Zélande par exemple, l’élevage est discret. La bouche est très vive en attaque, là aussi on a du mal à croire qu’il y a eu de la barrique neuve, frais, demi-corps, mais la finale retombe assez vite, l’acidité s’arrêtant en milieu de bouche, et il n’y a plus grand-chose derrière pour prendre le relais (un vin acidifié ?). Dommage car le nez et l’attaque étaient très prometteurs.
5 Lukas Van Loggerenberg, WO Franschoek Lötter cinsault 2021 : (Créé en 2016 à Paarl, après un voyage dans la Loire au domaine de la Chevalerie notamment. Au début il ne voulait faire que du cabernet franc et du chenin, mais il y a aussi un peu de syrah et de cinsault aussi désormais. Petit domaine qui travaille sur la fraîcheur, peu interventionniste, pas de bois neuf. Vignes plantées en 1932 par Koos Lötter. Climat frais. Sols granits décomposés et grès. 100% égrappé. Elevage œuf béton. Juste sulfité à la mise. 12,5%) Couleur grenat, soutenue pour un cinsault, le nez est très délicat, très pivoine, fruits rouges, orangette, épices, petite sucrosité gourmande. La bouche est légère en alcool, fraîche, acidulée, florale, aérienne, facile à boire, elle manque juste un peu de longueur.
6 Storm, WO Hemel-en-Aarde Ridge pinot noir 2020 : (cuvée avec les vignes les plus élevées, plus frais et plus tannique de Ridge) 300-350m 1,2ha Est. 7à8000 pieds/ha sur schistes argileux, planté en 2008. Egrappage, macération à froid pendant 10 jours, Elevage 11 mois en barriques françaises de 228l. 16% neuves. 13% alc.) Couleur très claire, à peine rouillée, nez de pinot un peu fumé, qui me rappelle des expressions que nous avons déjà eu en Allemagne ou en Suisse, avec un côté viande des grisons, mais aussi kirsch, début d’évolution, sous-bois, épices, encore un peu d’élevage. Bouche avec des tannins fins, du fruit, un élevage fumé, beau volume, de la fraîcheur, des notes végétales en milieu de bouche surtout, finale assez longue, avec une belle allonge, presque un peu fumée/salée, sans lourdeur.
7 Eben Sadie, WO Swartland Treinspoor 2016 (tinta barroca) : (à côté de Malmesbury, à côté d’un gare ferroviaire désaffectée d’où son nom. 135m altitude. 2500 pieds / ha. Vignes de 1974 sur granit et sables. 28hL/ha. 50% VE. 30 jours de fermentation en cuves béton + 13 mois d’élevage en foudres) Couleur rubis, un peu trouble mais peu évoluée. Très joli nez, qui fait de suite penser à du nebbiolo, avec de la rose, des fruits rouges, un côté goudron, tabac, encore tout jeune. La bouche est fraîche, pas très épaisse, mais toute en allonge, avec une finale acidulée, aux tannins qui font claquer la langue sur le palais mais sans assécher, faisant saliver, sensation saline qui donne envie d’y revenir. Belle découverte pour tout le monde.
8 Kanonkop, WO Stellenboesch Pinotage 2013 : (Kanonkop « coup de canon » 100ha créé en 1910 par la famille Sauer. Au pied des montagnes du Simonsberg, 10km au nord de la ville de Stellenbosch. Uniquement des cépages rouges. Pinotage = croisement du pinot et du cinsault en 1925 à l’université de Stellenbosch. Elevage 1an et demi fûts français dont environ 2/3 fûts neufs) Couleur sombre, peu évoluée. Nez de fruits noirs, cassis, pruneau, sous-bois, élevage encore un peu marqué, épices, café, cacao. Bouche toute en rondeur, avec de la sucrosité, encore jeune, confiturée, gourmande, l’alcool est enrobé, les tannins aussi, le tout donne l’impression d’un vin fondu, gourmand, et au final digeste et presque facile à boire dans un style tout en largeur, à l’opposé du précédent.
9 Mullineux, WO Swartland Granite syrah 2021 : (« Moulin à eau ». Créé en 2007 par Chris et sa femme Andrea. Ils se sont rencontrés lors de stages en France (Rhône sud, Bandol, champagne). Membre de la Swartland Revolution. Achat de raisin juste sur la gamme Kloof Street. Granit sur la montagne de Paardeberg. 100% grappe entière, fermentation et macération longue en 500L. Puis élevage 12mois en 500L dont 25% neufs, puis 9 mois de foudres) Couleur très noire, nez de syrah noble, cassis, mûre, violette, graphite, élevage parfaitement intégré. La bouche a beaucoup de volume, belle acidité, noble mais encore très jeune, avec des tannins serrés en finale, beaucoup de fond et de longueur mais clairement trop jeune en l’état. Probablement un grand vin dans 10ans.
Soirée n°2
1 Chris Alheit, WO Paardeberg (Swartland) Fire by night 2022 (chenin) : (à Nuwedam, Paardeberg, 300-350m alt. Sols granits décomposés. Plantées entre 1972 et 1985. Non irrigué. 2 500 Pieds / Ha, taille gobelet. Pressurage grappes entières, fermentation et élevage en barriques neutre et cuves ciment ovoïde. 12,5%) Couleur claire, nez discret, agrumes, miel, floral. La bouche est très fraîche, très minérale, très élégante, encore un peu fermée, mieux après carafage, elle manque d’un peu de volume, mais c’est long, salivant, caillouteux, très joli style, juste un peu trop austère en l’état.
2Eben Sadie, WO Swartland Palladius 2021 (chenin, grenache Blanc, marsanne, roussanne, viognier, sémillon, colombard, verdellho et palomino) : (17 vignobles autour de Paardeberg, Piketberg & Santa Helena Bay planté entre 1900 et 2000 altitude et terroirs variés. Sols granits + sables et grès. vinification en amphores et cuves béton ovoïdes. Elevage 12 mois sur lies dans les mêmes contenants puis 12 mois en foudres) Couleur or, nez d’abricot, fruits blancs, miel, semble assez mûr mais sans lourdeur. La bouche est bien plus puissante que le précédent, avec un gros volume, mais aussi une grosse acidité, pas de bois, beau fruité à l’attaque plutôt gourmand pêche, abricot, la fin de bouche se retend, plus minérale, plus agrumes, très longue, salivante. Là aussi c’est encore un peu jeune probablement mais le vin se livre déjà. Très bel équilibre.
4 Lourens, WO Piekenierskloof Lua Ilse Grenache 2022 : (domaine créé en 2016 à Paarl par Franco Lourens ancien bras droit de Chris Alheit (qui a aussi travaillé chez Vasse Felix, Ramay, Matassa…) Il partage son chai avec Van Loggerenberg. Lua Ilse est le nom de sa fille, premier millésime en 2019. 100% grenache non greffé à Piekenierskloof (Swartland), élevage fûts non neufs de 500L. 25% grappe entière) Couleur rubis, nez un peu pinot, infusé, fruits rouges, framboise, pivoine, très élégant et éclatant. La bouche est plus typée grenache, mais sans aucune lourdeur, ronde, fruité rouge sucré, peu de tannins, très floral et élégant, frais, manque juste un poil d’allonge pour être parfait, mais il offre beaucoup de plaisir en l’état.
6 Kanonkop, WO Stellenboesch Kadette pinotage 2021 : (Kadette = les seconds vins, avec du négoce et des vignes plus jeunes. Elevage 1an fûts français de 225L de 2e et 3e remplissage) Couleur sombre, nez sur les fruits noirs, le chocolat, peu de bois par rapport aux cuvées supérieures. Bouche gourmande, toute en rondeur, avec un fruité un peu sucré, ça reste assez simple mais bien réalisé techniquement pour cette entrée de gamme classique.
7 Stark-Condé, WO Jonkershoek Valley Stellenbosch syrah 2018 : (Jonkerschoek valley sud-est de Stellenbosch. De 100à600m. Domaine créé en 1989 sur 240 ha dont 40 de vignes. Ici 3 parcelles. 98% syrah 1% roussanne 1% viognier. 10% grappe entière. Sols granit décomposé et argile. 20mois fûts chêne français 300L 10% neufs. 14%.) Une syrah très noire, au nez très cassis, mûre, un peu de violette. La bouche est très ronde, un peu sucrée, gourmande, pas très boisée par rapport aux grandes cuvées du domaine. La finale n’a pas la longueur ni le fond des précédents, mais c’est une entrée de gamme typique, bien vinifiée.
8 Eben Sadie, WO Swartland Columella 2021 (syrah, mourvèdre, grenache, carignan, cinsault et tinta barocca) : (A Paardeberg, Kasteelbarg, Malmesbury, Piquetberg, donc altitudes et terroirs variés. Granite + ardoises, graviers. Fermentation en cuves béton ouvertes de 3300 l sous levures indigènes pendant 3 semaines. Macération post-fermentaire de 3 semaines supplémentaires avant transfert en barriques. Elevage 12 mois en barriques de chêne français (5% neuf) puis 12 mois en foudres) Couleur sombre, nez sur les fruits noirs, l’orangette, les épices, la cannelle, la violette, le pin. Bouche élégante pour un rhône blend à 14%, avec des tannins souples, peu extraits, du volume, une grosse acidité, un fruité très pur, moins épicé que le nez. C’est surtout la finale qui est intéressante, comme tous les Sadie, très fraîche, salivante, même sensation saline. C’est bien sûr trop jeune, le vin demande à gagner en complexité, mais il se livre déjà bien.
9 Klein Constantia, WO Constantia 2019 (muscat à petits grains) : (150ha environ, créé vers 1680. Fûts de chêne français et hongrois 500L dont 50% neufs. En Moyenne 160-170gr SR) Couleur or profond, nez exubérant, très aromatique, miel, litchi, rose, abricot. La bouche est haute en alcool (14%) pour un liquoreux, très dense, elle manque un peu d’acidité pour équilibrer le tout.
Soirée n°3
1 David & Nadia, WO Swartland Plat’Bos chenin 2021 : (David et sa femme Nadia Sadie (aucun lien avec Eben Sadie) ont fondé leur domaine à Siebritskloof dans la montagne de Paardeberg, au cœur du Swartland en 2010. Viticulture bio. 50% domaine/50% négoce. Plat’Bos : Parcellaire, le plus frais du domaine. David & Nadia gèrent la vigne depuis 2013. 1,8ha, bio, sols de granite. Vignes de 1981, vendanges en 3 fois, début février. Vendages précoces. Expo nord. Elevage veux fûts. 11,5% vol) Couleur claire, nez un peu fermé, agrumes, poire, zestes citron vert. Bouche légère en alcool, tendue, peu de volume, très épurée, presque un peu trop, sensation minérale intéressante, très fraîche, semble un peu bloquée. L’équilibre est intéressant, mais un peu jeune. Ne se livre pas complètement. Assez proche du Fire by night de C. Alheit.
3 Thorne & Daughters, WO Swartland Paper Kite 2021 (95% sémillon blanc, 5% sémillon gris) : (En 2008, à leur retour en Afrique du Sud, John rejoint le domaine Thelema puis Iona mais il rêve de lancer son propre négoce. C'est chose faite en 2012, tout en travaillant en parallèle avec ses amis Chris Alheit et Finlayson. Achat de raisins et fermages dans plusieurs secteurs. Basé à Bot River, False Bay. Paper Kite : Vignes de 1963 sur Paardeberg (Swartland), vieux fûts 500-600L Stockinger. Sur granite. 12,9%vol.) Couleur dorée, nez grillé, marqué par les lies, derrière du miel, fruits jaunes, coing. La bouche est bien équilibrée, mûre, avec du volume, peu de bois, belle acidité dans le fond, toujours marquée par les lies. La finale manque un peu de longueur et de fond par rapport aux deux précédents.
4 Duncan Savage, WO Western Cape Savage white 2022 (75% sauvignon blanc, 25% sémillon) : (Ancien winemaker de Cape Point vineyard, il monte en parallèle son négoce en 2011, s’agrandit peu à peu, et vole désormais de ses propres ailes. Tout est encore en achat de raisins. Son chai est à Salt River, au Cap, mais les raisins viennent de plusieurs régions. Style sur la finesse et la fraîcheur. White : raisins de Stellenbosch, the Overberg and Villiersdorp. Pressé grappe entière, 10mois fûts français de 500L dont 20% neufs) Couleur claire, nez marqué par le sauvignon au départ, buis, agrumes, sans excès de sous-maturité ni de surmaturité, très « ligérien ». La bouche est un peu différente, très beau volume, énergique, pêche, miel, cire, un léger gras sans être marqué par le bois, finale longue, salivante.
5 Donovan Rall, WO Western Cape cinsault 2022 : (ancien assistant d’Eben Sadie, il crée son domaine en 2008. Vinif peu interventionniste. 15ha environ. Swartland. Cinsault : Raisins de Darling, et un peu Swartland.80à100% grappes entières, élevage en cuves béton pendant 6 mois. 12,5%. Vignes de 1952 et 1982) Couleur claire, nez plein de fruit, fraise, framboise, petite sucrosité, un peu bonbon primeur encore, épices, garrigue. Bouche très légère, peu de tannins, glisse tout seul, pas très complexe, mais très efficace, une entrée de gamme parfaitement réalisée, pleine de fruit et de fraîcheur.
6 Duncan Savage, WO Darling Thief in the night 2022 (grenache) : (grenache à Piekenierskloof, même parcelle que la cuvée Soldaat d’Eben Sadie. 20% grappe entière, Elevage foudre. Vignoble en altitude, sur grès. 13%.) Couleur rubis, nez éclatant, plein de fraise écrasée, pivoine, poivre. La bouche est très gourmande, fruitée, tannins souples, plus de volume que le cinsault de Rall, le côté poivré/épicé apporte un surcroit de complexité à ce jus de fruit, ça reste très frais et en plus il y a une certaine longueur. Coup de cœur unanime.
8 Damascene, WO Swartland syrah 2021 : (créé en 2019 par Jean Smit et David Curl, après un passage en Californie, chez Stéphane Ogier, chez Badenhorst puis plusieurs années chez Boekenhoutskloof. . Basé à Elgin. Raisins du Swartland, Cederberg et Stellenbosch.Style « rhodanien ». Swartland : 3 parcelles, granit, schiste et argile, majorité schiste.11mois cuves bois 2000L. Environ 70% VE) Couleur sombre, nez élégant mais qu’il faut aller chercher, fruits noirs, violette, zan, graphite. Bouche tendue, fraîche, un peu fermée, austère, mais très noble, beaucoup de finesse, on sent qu’on a voulu privilégier la fraîcheur ici. Manque de gourmandise dans la série par comparaison, mais un style intéressant, très fin et frais pour le Swartland. Il a divisé l’assemblée.
9 Lismore, WO Cape South Coast syrah 2017 : (En 2000, Samantha O'Keefe quitte sa Californie pour venir vivre en Afrique du Sud. Elle déniche une ferme à Greyton, un village isolé entouré de montagnes (dans la région de l'Overberg au nord de Walker Bay) et décide d'y planter des vignes (elle est la seule à le faire dans cet endroit). Premier millésime en 2008. Syrah 2017 : (30 % de fruits Greyton plantés sur des sols de schiste lourd (schiste décomposé) sans irrigation, et de 70 % de fruits Elgin sur des sols de grès et de schiste.) Fermentation avec 40% grappes entières en cuves à l'air libre et avec 60% égrappées en cuves bois de 5000 litres. Elevage sur 9 mois en vieilles cuves de 3000 litres.) Couleur plus claire que le précédent, à peine évoluée, nez plus animal, surtout au départ, plus mûr, plus marqué fruits rouges, il me rappelle du sangiovese par exemple, pas très typé syrah en tout cas. Superbe bouche, plus puissante que le précédent, plus de volume, de gourmandise, fruité très pur, grosse acidité dans le fond qui équilibre le tout, grain de tannins fins et belle longueur. Très joli, dans un style Bruello tradi je trouve. A point.
Bonus Faury Saint-Joseph Les ribaudes 2022 : couleur sombre contours violets, encore jeune. Nez de fruits noirs confiturés, léger lardé, olive. Bouche avec beaucoup de volume, des tannins encore présents même s’ils sont de qualité, épicé, pas forcément très haut en alcool mais une sensation de richesse, de maturité très élevée, avec un fruité confituré. Bu à l’aveugle derrière les deux syrahs sud-africaines, personne ne pense à la France et évoque un climat bien plus solaire que celui de l’Afrique du Sud… Comme quoi le style « old world vs new world » est bel et bien démodé.
10 Eben Sadie, WO Swartland Treinspoor 2022 (tinta barroca) : couleur rubis foncé, superbe nez très élégant de pivoine, mûre, framboise, fruité très pur, très floral aussi, éclatant. La bouche, comme sur le 2016, pourrait faire penser à un nebbiolo, mais avec un peu moins d’alcool, pas beaucoup de corps, mais beaucoup de pureté, de tension, quelques petits tannins qui donnent beaucoup d’allonge, toujours cette finale très acidulée, saline, qui donne envie d’y retourner sans cesse. Un vin d’esthète, déjà délicieux.
Conclusion
Les participants ont été bluffé du niveau global des vins, lors des trois soirées. Il faut bien sûr être prudent : il s’agissait là des meilleurs producteurs du pays, très bien sélectionnés par nos importateurs en France. On ne peut donc pas vraiment dire que les vins étaient représentatifs de ce qui est produit globalement dans le pays.
Ce qui a frappé en premier, c’est la fraîcheur. Aucun vin n’était lourd. Quasiment aucun ne dépassait les 14%, avec une moyenne plutôt autour des 13% et des taux d’acidité globalement élevés. Il faut croire que la viticulture est parfaitement adaptée à ce climat solaire, d’autant plus que la majorité des vins provenait du Swartland, sans irrigation ni acidification. Les cépages, les clones/massales, les porte-greffes, les densités, les rendements, l’effeuillage… semblent parfaitement maîtrisés chez cette nouvelle génération de vignerons sud-africains. Il y aurait probablement beaucoup de leçons à en tirer pour nos vignobles du sud de la France…
Si l’on doit vraiment trouver à redire, les vins n’ont dans l’ensemble pas paru très originaux. Tout était très propre, techniquement bien maîtrisé, pas particulièrement d’excès de bois, mais dans des styles connus, que l’on pourrait qualifier « d’européen ». Bien sûr, les cépages utilisés ne permettent pas la même originalité qu’en Grèce ou au Portugal.
Il y a donc de l’optimisme à avoir sur les vins sud-africains. Certes, ici aussi les conditions climatiques sont de plus en plus compliqués (peu d’eau, des orages rares mais de plus en plus violents…) mais cette génération qui a seulement une dizaine d’années d’expérience, progresse à une vitesse fulgurante.
Le but de cette soirée était de sortir des sentiers battus et de montrer qu'il y a de très grands vins partout sur la planète si l'on prend la peine de chercher.
La sélection mélangeait quelques cépages/régions/pays rares, des cuvées méconnues de producteurs qui eux nous sont familiers, des vignerons célèbres dans leur pays mais que l'on croise assez peu en France ou encore des vins que nous n'avions encore jamais goûtés à la cave. Donc bien évidemment, tous ne sont pas inconnus pour tout le monde.
Il y a tellement de vins que nous aurions pu faire goûter dans cette soirée... Les frapatto d'Occhipinti, Le Col du Loup, La Solera de Bretaudeau, Kollwentz, Antigone, Beau Paysage, Wongamat, les chasselas de Ziereisen, Jardin de las Iguales, Comando G, Compania dos profetas, Njord, les vieux Corbineau ou Lenoir, les Epinays, Chemin de Croix, Rockford basket press, Twardowski, La Rochette, Il Guercio.... Mais aussi des Madère, Xérès, vins allemands... mais ils auront ou ils ont déjà eu leur soirée à part. Bref, il a fallu faire des choix. Sans compter qu'il y a aussi beaucoup de vins que nous ne connaissons pas nous-mêmes, mais difficile de les faire goûter du coup :)
Soirée n°1
1 Vino Gross (Slovénie), Iglic furmint 2019 : (Jeune domaine créé par Maria et Michael Gross (autrichiens) dans le village de Gorca, région de Haloze, à l’est de la Slovénie. Terrasses argilo-calcaire en pente. Clones de furmint achetés à Szepsy en 2008. 350-400m altitude. Elevage 12 mois gros fûts + 4 mois cuve inox. 13%. 60% vignes ont 13ans 40% 38ans) Couleur or, nez un peu typé riesling, résine, hydrocarbure, citron confit, miel. Bouche avec un peu de gaz à l’ouverture, mais sinon ne semble pas spécialement nature, très droite, énergique, sensations minérales et salines, très citron confit, quelques fruits plus mûrs avec l’ouverture, pas une grosse complexité aromatique mais une finale impressionnante de longueur et d’intensité, semble encore tout jeune. L’équilibre est parfait. Ça commence fort.
2 Camin Larredya, Jurançon sec Costa Blanca 2021 : (côte calcaire. 75% petit manseng, 15% camaralet 15% lauzet. Elevage œuf en grès) Couleur or nez, nez d’abord sur la poire puis de plus en plus sur les fruits exotiques, acacia. Bouche avec une certaine gourmandise, fruits exotiques frais, presque une impression d’un peu de sucre, mais aussi une grosse acidité, des amers très nobles, semble déjà à point, très complexe, très long et salivant. Tout s’équilibre parfaitement, les 14% ne se sentent que par le volume en bouche, finale interminable.
3 Takahiko (Japon), Nana Tsu Mori pinot noir 2018 : (île d’Hokkaïdo. Ville de Yoichi. 4,5ha environ. Nana tsu mori = les 7 forets car 7 types d’arbre sur le domaine. Takahiko Soga a créé le domaine en 2010, Microbiologiste à Tokyo puis il a travaillé sur le domaine Coco Farm Winery, il a ensuite voyagé en Bourgogne et Jura. Planté à 3000 pieds/ha seulement sur des sols de graves et de sables reposant sur un substrat volcanique. Beaucoup de neige en hiver, ce qui protège du gel, puis des étés chauds et secs. Vendanges fin-octobre. Travail en grappe entière, fermentations en cuves, au froid, avec inertage CO2. Puis élevage en barriques françaises dont 10% neuves. Très peu de sulfites) Couleur très claire, nez incroyable de rose, pot-pourri, petits fruits, tendance nature au sens éclatant, d'une grande pureté, il me rappelle Bizot, les Horées ou autres très grands bourgognes. La bouche est un peu en-dessous, légère, un poil maigre, acidulé, trait végétal, facile à boire, mais manque une pointe de maturité pour être très grand.
4 Passopisciaro (Sicile), Etna Contrada Rampante 2018 : (100% nerello mascalese, parcellaire le plus en altitude du domaine, à Castiglione sur le versant Nord de l’Etna. Vignes centenaires. Elevage vieux foudres) Couleur claire et à peine rouillée, façon nebbiolo. Nez bourguignon de petits fruits rouges, floral, mais aussi une petite touche fumée et réglissée. Bouche qui présente peu de corps, légère en alcool sur ce millésime compliqué, finale sur de petits tannins serrés et salivants, mais plutôt fins pour un jeune Passopiciaro. C’est très bon, mais ce n’est pas la plus belle bouteille du domaine.
5 Ernst Triebaumer (Autriche), Burgenland Blaufränkisch ried Mariental 2015 : (100% blaufränkisch, à Rust, sur le lac de Neusiedl. Sols calcaires. Elevage en 500L) Couleur noire, nez solaire, café, fruits noirs, tabac, lardé, végétal noble, encore un peu d’élevage, entre syrah cabernet et tempranillo. La bouche qui s’annonçait très riche présente finalement une certaine forme de finesse, avec des tannins enrobés, une bonne acidité derrière le café et les fruits noirs, déjà un début d’évolution sous-bois. Bien fait, dans un style plus traditionnel que les autres vins du jour.
6 Abbatucci, Monte Mare 2022 : (100% sciaccarellu. Vignes pulvérisées à l’eau de mer. Elevage demi-muids et œuf béton) Couleur rubis brillante, nez très confiture de fraise, grenadine, épices exotiques, badiane. Bouche toute en rondeur, 15% d’alcool qui ne se sentent pas du tout, plein de fruits rouges sucrés, texture soyeuse, la finale reste fraîche et saline. Plus de corps que la cuvée Faustine, plus frais et aérien que le cuvée Monte Bianco même si on ressent clairement un air de famille.
7 Bodega Cerron (Espagne), Jumilla El Cerrico 2016 : (100% airen. Vignes préphylloxériques à 900m d’altitude. Fermentation en jarres en terre cuite. Elevage en fûts de 500L puis en cuves) Couleur dorée, nez grillé, beurré, très bourguignon au départ, des fruits plus mûrs dans le fond. Bouche légère en alcool (12%) pour le sud de l’Espagne, acidité basse, sur les arômes du nez, manque un peu d’intensité et de tension dans la série.
8 Gravner (Italie), IGT Venezia-Giulia Ribolla Gialla 2014 : (à Oslavia, dans le Collio. Légende du vin orange. 6 mois de macération suivis de 6ans d’élevage en foudres) Couleur orange aux reflets roses, nez complexe mais moyennement expressif pour un vin orange, encore tout jeune, abricot, melon, réglisse, pin, rose, touche fumée… La bouche présente des tannins fins pour une macération, sur les arômes du nez, élégant, très propre, mais presque trop, il manque un peu d’intensité, impression que le vin ne se livre pas encore totalement par rapport aux meilleures bouteilles du domaine. Le fond regoûté le lendemain à température ambiante semblait justement plus intense.
9 Brännland (Suède), Iscider 2023 : cidre de glace suédois, tranquille même s’il y a un léger perlant, environ 170gr de SR, 9,5% d’alcool, très aérien, frais, rafraîchissant grâce à son acidité très élevée. Superbe équilibre.
Bonus : D&B Milutinovic (Serbie), Ausbruch 2001 : (Sila, Petra et Pinot blanc, enrichi avec menthe, aubépine etc… 16,5%) Une curiosité pour finir, un liquoreux encore jeune très marqué par la menthe et une impression de plantes médicinales qui donnent de la fraîcheur. Un OVNI. Merci Bertrand pour la découverte.
Soirée n°2
1 Thibaud Boudignon, Savennières Clos de la Hutte Franc de pied 2020 : (élevage en wine globe) Couleur claire, nez assez simple et aromatique, pêche, agrumes, floral, trait végétal. Bouche légère en alcool, vive et fruitée, demi-corps, assez simple en l’état, beaucoup de finesse mais presque trop peut-être, longueur moyenne. Petite déception à la levée de la chaussette, c’est bon, mais les fans du producteur et du Clos de la Hutte classique en attendaient plus.
2 Dagueneau, Pouilly-fumé Intouchables 2019 : (fié gris ou sauvignon gris) Cuvée très particulière de Dagueneau, avec une couleur à peine saumonée, le nez est sur les agrumes, les fruits rouges, notes fumées, pas spécialement marqué sauvignon. La bouche est magnifique, puissante en alcool (14%) mais cela se ressent uniquement dans l’intensité du vin, c’est mûr, avec du corps, pas d’élevage ressenti, et surtout une très grosse acidité qui équilibre le tout, finale très longue, salivante. Très beau vin.
3 Kusuda (Nouvelle-Zélande), Martinborough syrah 2019 : (Saleyard vineyard 1,1ha à 40m altitude. Vignes de 1992. Rendements 20hl/ha. Sols alluvionnaires argiles, graves. 10% VE. Préfermentaire à froid. Elevage 22mois en fûts dont 29% fûts neufs. 1905 bouteilles) Couleur sombre, nez marqué syrah, poivré, fruits noirs, légèrement animal, violette. La bouche est très fine, avec des tannins soyeux, légère en alcool, l’aromatique est sauvage comme au nez, mais le vin semble très fin en même temps, facile à boire, encore un peu d’élevage, beaucoup de rondeur, mais pas de sucrosité. Joli vin, mais très différent de la dernière bouteille bue qui faisait un peu cinsault en comparaison.
4 Cassagne et Vitailles, Les Crouzets 2021 : (100% grenache, Languedoc-Montpeyroux. Issue d’une parcelle âgée de 50 ans, sol de graves argileuses) Couleur très claire, infusée, magnifique nez de fruits rouges un peu sucrés, pivoine, pétales de rose, pur, éclatant. La bouche est très fine, toute en fruit et en fleur, avec une touche de gourmandise à peine sucrée, mais sans lourdeur. Il y a quand même du volume, un toucher de bouche soyeux et de la longueur. Sublime.
5 Justine Vigne, Vin de France Yoga 2022 : (Lieu-dit Le Serret, Vaucluse. Vignes de 1986 et 1978. Sols sable argile calcaire et gypse. Grappe entière. Vinifié sans sulfites en cuve puis élevage en jarre) Couleur sombre, nez sauvage de tapenade, olive, notes animales, violette, peu de doute sur la syrah. La bouche réussit à garder beaucoup d’éclat, du fruit, de la fraîcheur, des tannins très fins, semble déjà prête à boire. Attention toutefois un vin à dégazer, mais à ne pas trop aérer non plus.
6 Kutch, Sonoma Coast Bohan vineyard pinot noir 2021 : (achat de raisins à la famille Bohan qui fournit aussi Failla, Flowers, Sandlands, Arnot Roberts. 400m altitude. 4,5kms de l’océan. Vignes de 1972. Sols de grès, sable avec un peu d’argile « Goldridge ». 50% VE, fûts non neufs.) Couleur assez sombre pour un pinot, nez très fin et délicat, sur la cerise rouge principalement, très typé pinot, même s’il n’est pas encore parfaitement ouvert. La bouche est très belle, pinot à la fois fin et sérieux, fruité, acidulé, encore un peu de tannins mais de qualité, il demande un peu de temps, encore un peu jeune, mais beaucoup de fond et un équilibre parfait, sans aucune sucrosité, pas du tout « nouveau monde » là aussi.
7 Valentini, Trebbiano d’Abruzzes 2018 : (100% bombino bianco par la légende des Abruzzes) Couleur dorée, nez marqué par les lies, grillé/fumé, avec aussi des notes citronnées, brioche, épices, floral. La bouche est aussi marquée par les lies, plutôt en finesse et tension sur ce millésime, on sent que c’est encore jeune bien sûr, mais déjà noble et distingué, avec du fond, juste un peu trop en réduction sur lies pour le moment.
Bonus :
Charles Dufour, Liqueur de Comptoir Mistelle L2010 : le nez sent clairement le marc, pas de doute possible sur la mistelle (Vin de Liqueur), joli fruité, beaucoup de mirabelle surtout, touche d’amande, brioche. Bouche avec pas mal de sucres, l’alcool est bien intégré, l’équilibre est bon, c’est très gourmand, pas trop lourd, très bien fait. Le Nid, Moulin à Vent 2018 : bouchon Clos de Gat, Chardonnay Judean Hills 2016 : chardonnay déjà bien évolué, miellé, tertiaire, beurré, élevage poussé mais désormais intégré, mais la bouche a gardé une belle acidité, pas de lourdeur ni de sucrosité, plutôt bien fait. Calem, Porto Vintage 1985 : Couleur sombre, un vintage encore tout jeune, puissant, qui n’a pas encore mangé ses sucres, intense, long, et chaleureux. Fleury, Champagne Blanc de Noirs : champagne vineux, bulle fine, mûre, marqué pinot noir, peu dosé (3gr) sans tomber non plus dans l’austérité.
Un très beau niveau global, et au final on se rend compte qu'on ne peut pas échapper à la loi des séries, au contexte de dégustation et à l'aveugle également peut-être. Par effet de comparaison, certains vins surnagent et d'autres souffrent de l'effet de séquence, alors qu'ils s'en seraient probablement mieux tirés dans une autre série ou bus seuls. Mais c'est le jeu !
Après les soirées consacrées aux petites cuvées des « Grands vignerons », nous passons désormais à l’inverse : les grandes cuvées des « petits vignerons », au sens où ils sont moins médiatisés. Bien sûr, ces derniers n’ont pas été choisis au hasard. Nous avons décidé de mettre en avant quelques-uns de nos vignerons fétiches, ceux avec lesquels nous travaillons depuis le début et qui proposent toujours d’excellent rapport qualité/prix, avec beaucoup de régularité. D’ailleurs certains d’entre eux peuvent difficilement être qualifiés de « petits », nous avons peut-être un peu triché… Au milieu de ceux-là, nous avons aussi glissé quelques petits nouveaux pour surprendre nos habitués.
Les vins ont été goûtés à l’aveugle en Zalto Universal.
Soirée n°1
1 Belmont, IGP Côtes du Lot « Montaigne » 2022 : (100% chardonnay, sur sols calcaires kimméridgiens) Couleur claire, nez avec une petite touche grillée de réduction sur lies, qui part assez vite laissant place à des notes florales surtout. La bouche semble un peu jeune et fermée en ce moment mais avec un joli potentiel, fraîche, minérale, avec une belle longueur, mais un peu en-dessous du 2021.
2 Dubuet, Meursault 2021 : (assemblage de Vireuils et Limozin) Meursault classique parfaitement réalisé, combinant à la fois un léger gras/beurré avec une jolie tension, aussi large que long. Un beau classique d’une régularité exemplaire et qui a fait l'unanimité.
3 Durieu, Châteauneuf-du-Pape Lucile Avril 2018 : (sur le plateau de Farguerol) un Châteauneuf très élégant sur ce millésime, beaux fruits rouges à l’eau-de-vie, garrigue, les tannins sont fins, l’alcool bien intégré. Servi assez frais en début de série, il trouve parfaitement sa place.
4 Rollin, Pernand-Vergelesses 1er cru Fichots 2019 : le pinot dans toute sa splendeur, pile dans la bonne phase, combinant fruité frais, tannins soyeux, volume, l’élevage est parfaitement digéré, la finale est longue, acidulée. Superbe bouteille.
5 Terrasse d’Elise, GN 2022 : (grenache) couleur ultra claire, presque rosée, un nez très surprenant, très rose, pot-pourri, avec des notes que l’on trouve plutôt dans des vins blancs ; pêche, litchi, fruits jaunes exotiques. La bouche est plutôt portée sur les fruits rouges écrasés, l’orangette, les épices du souk, toujours ce côté rose, pas de tannins, certains y voient une vinification en vin naturel tant le vin semble déjà prêt et éclatant, d’autres pensent à la Pialade en encore plus frais et léger en alcool. Coup de génie pour certains, un parti pris de l’infusion extrême qui va un peu trop loin pour d’autres. En tout cas un vin qui ne peut laisser indifférent.
6 Alain Chabanon, Languedoc Montpeyroux Esprit de Font Caude 2019 : autant le Rollin était dans un grand jour, autant, Font Caude 2019 a semblé un peu refermé, avec une petite touche poivron étonnante, frais, mais un peu trop austère en ce moment. Il se goûtait mieux et jeune, et aucune crainte pour l’avenir non plus. A attendre.
7 Vignobles Ponty, Canon-Fronsac Grand Renouil 2016 : (100% merlot) Couleur sombre, nez sur les fruits noirs, moka, truffe, tabac. Bouche puissante, encore jeune, pas mal de tannins, pas très boisée, longue avec une sensation caillouteuse. Un joli Bordeaux, typé Saint-Emilion, avec encore un bon potentiel de garde, d’un excellent rapport qualité/prix.
8 Bründlmayer, Kamptal Zöbinger Heiligenstein riesling 2014 : (sols de grès, riches en feldspath) couleur claire aux reflets verts, encore tout jeune. Le nez s’ouvre sur le pétrole, la résine, le citron vert, les zestes, le fruité se fait légèrement exotique avec l’ouverture. La bouche est tendue, minérale, pas un gros volume, mais très longue, salivante, sans tomber dans le trop austère non plus grâce à 3-4gr de sucres résiduels probablement. Parfait pour finir avec le fromage sur une note de fraîcheur.
Soirée n°2
1 Sélèque, Coteaux champenois blanc 1er cru Dizy 2021 : (chardonnay) Couleur claire, nez très beurré, encore un peu d’élevage. La bouche est assez grasse et arrondie pour un coteaux champenois 2021, mais la finale se retend avec une sensation plus crayeuse et minérale.
2 Dubuet, Meursault 2021 : (Vireuils et Limozin) une bouteille du même niveau que la semaine précédente mais dans un style un peu différent, celle-ci est très marquée ananas, plus exotique, étonnant pour 2021, mais c’est excellent aussi. Coup de cœur général.
3 Terres Bariolées, Côtes d’Auvergne Chalenta 2022 : (chardonnay) Tout le monde sent vite que l’on est passé sur des vinifications en nature avec une couleur plus dorée, un vin très trouble, un peu de perlant, une pointe de volatile mais pas de défauts majeurs. Le style a donc divisé et a permis un débat intéressant. Un nez amande, pomme, puis des fruits plus exotiques avec l’ouverture. Une bouche énergique, avec moins de gras que les précédents, une belle finale salivante, il a semblé prêt à boire, avec moins de potentiel d’évolution. A voir ceci-dit…
4 Durieu, Châteauneuf-du-Pape Lucile Avril 2018 : (sur le plateau de Farguerol) un Châteauneuf très élégant sur ce millésime, beaux fruits rouges à l’eau-de-vie, garrigue, les tannins sont fins, l’alcool bien intégré. Servi assez frais en début de série, il trouve parfaitement sa place.
5 Rollin, Pernand-Vergelesses 1er cru Fichots 2019 : le pinot dans toute sa splendeur, pile dans la bonne phase, combinant fruité frais, tannins soyeux, volume, l’élevage est parfaitement digéré, la finale est longue, acidulée. Superbe bouteille.
6 Vaccelli, IGP Ile de Beauté Quartz 2020 : (carcajolo, minustellu, sciaccarellu) Couleur assez claire, nez très orangette, épices, fruits sucrés. La bouche est en fait assez ronde et légère en alcool, tannins souples, très élégant, sans avoir une grande longueur.
7 Y. Clerget, Volnay 1er Cru Carelle sous la chapelle 2016 : un nez étrange, un peu réduit, animal, café, mais aussi un peu végétal. La bouche est austère, encore stricte, mais il y a du fond. Pas dans une bonne phase, à attendre. Merci Vincent.
8 Belmont, IGP Côtes du Lot 2016 : (cabernet franc + syrah) couleur sombre, joli nez que tout le monde aurait placé sur un joli cabernet franc de Loire, touche végétale légère mais bien intégrée, cassis, moka, début d’évolution sous-bois. La bouche présente une belle texture, de la fraîcheur, avec un taux d’alcool moyen (13,5%), beaucoup d’élégance et pas de boisé marqué. Jolie découverte pour tout le monde, semble à point.
9 Vigneti Massa, Derthona Costa del Vento 2017 : (100% timorasso. Piémont) très doré, un nez de beurre rance, noix, signe d’une prémox, c’est un peu mieux en bouche. Pas au niveau habituel de ce très beau domaine. Merci Quentin.
10 Matin calme, Coteaux de l’Aubance 2022 : un Aubance plein de fruits exotiques frais, ananas, passion, mangue, très frais, pas très élevé en sucre (95gr), ultra digeste, pas très élevé en alcool, excellent pour finir.
Château de Beaulon, Cognac XO : un Cognac très fin, noble, pas trop sucré ni trop lisse avec une belle longueur. Merci Fabrice.
Que peut-on conclure de cette double soirée ? Les grands vins des petits ont largement réussi à rivaliser avec les petits vins des grands, à budget quasi similaire, mais avec peut-être un peu moins d’originalité. La seule leçon que l’on puisse en tirer est toujours la même : dans chaque catégorie tout dépend du travail du vigneron, et des phases d’ouverture/fermeture de chaque cuvée.
Le thème de cette double soirée permettait de s’intéresser à la façon dont les vignerons gèrent leur entrée de gamme, puisqu’il est aujourd’hui difficile d’accéder aux grandes cuvées dans les domaines les plus réputés. Elles sont donc devenues une véritable porte d’entrée pour les amateurs de vin.
Ce thème, couplé à celui de la semaine suivante (Les Grands vins des petits vignerons), pose également la question de la pertinence de certains achats : vaut-il mieux acheter une « petite AOC » voire une IGP d’un excellent vigneron, ou une « grande AOC » d’un vigneron moins réputé ? A prix équivalent vaut-il mieux acheter le Bourgogne régional de Jobard, Coche, etc… ou le Pernand-Vergelesses 1er cru de Rollin par exemple ?
Tout dépend des vignerons que l’on choisit d’un côté comme de l’autre bien évidemment…
Labet, Crémant du Jura 2020 : Couleur dorée, un peu trouble, semble déjà évoluée. Nez sur le miel, les fruits jaunes bien mûrs, brioche, petite touche oxydative bien intégrée. Belle matière en bouche, mûre, bulle fine, assez long, belle tenue à l’air. Très belle bulle pour commencer.
Cathiard, Bourgogne aligoté 2021 : Couleur claire, un nez citronné, floral, assez simple. Bouche énergique, belle tension, citronné, peu d’élevage, classique pour un aligoté, mais avec plus de volume et bien plus de longueur que la moyenne, très salivant, parfait pour commencer.
Antoine Jobard, Bourgogne chardonnay 2019 : robe un peu plus foncée, nez avec des notes d’allumette, de réduction sur lies, petite touche beurrée et florale derrière. La bouche est énergique, encore jeune, marquée par les lies avec un léger gras derrière, elle combine largeur et longueur, avec beaucoup de longueur, une finale fraîche et salivante, surtout pour ce millésime solaire. Au niveau d’un beau Meursault, dans un style nouvelle génération.
Fourrier, Bourgogne pinot noir 2021 : Couleur très claire, un nez éclatant plein de framboise, de fraise, de rose. Bouche toute en fruit et en gourmandise, sur des fruits rouges très frais, aux tannins soyeux, pas forcément très long, mais un vin parfait, évident, qui ne devrait exister qu’en magnum.
Ponsot, Bourgogne pinot noir cuvée du Pinson 2012 : Couleur plus sombre que le Fourrier, nez encore jeune pour 2012, fruité plus « noir », poivre, thé fumé, pot-pourri. Bouche qui combine volume, fraîcheur, maturité, un style très différent du précédent qui fait partir les dégustateurs plus au Sud. Finale très longue, digeste. Une entrée de gamme de très haute volée là aussi.
Gonon, IGP Ardèche Les Iles Feray 2020 : couleur très noire, un nez très Gonon, marqué syrah sauvage, lardé, olive, anchois, violette, cassis. Bouche sauvage, à l’aromatique éclatante, avec volume et fraîcheur, sensation saline sur la finale très marquée olive noire, beaucoup de longueur. Au niveau des meilleurs Saint-Joseph, voire plus.
Montcalmès, Grenache Vin de France 2020 : Couleur rubis, nez de fruits rouges confiturés, fraise écrasée, garrigue. Bouche avec de la rondeur, peu de tannins, de l’alcool (15%) mais bien compensé par une sensation de sucrosité, très gourmand, à condition de le servir assez frais.
Sandlands, Sonoma Mencia 2021 (bonus) : couleur noire, nez de cassis, mûre, un peu confituré, violette, épices. Bouche en fait légère en alcool, avec une attaque un peu ronde et sucrée, et une finale assez courte sur des tannins un peu serrés.
Jamet, Côtes-du-Rhône blanc 2021 : couleur or pâle, nez avec un léger beurré, fruits jaunes, pas très marqué par le viognier. La bouche est fraîche, pas beaucoup d’alcool et une belle acidité sur ce millésime frais. Beaucoup voient ce vin très élégant sur un chardonnay bourguignon.
La Pierre Ronde (Antoine Lepetit de La Bigne), Bourgogne Aligoté VV 2022 : Robe assez claire aussi, légère réduction sur lies, fruits blancs, notes florales. La bouche combine fruit, fraîcheur, tension et un très léger gras, beaucoup de longueur, salivant. Très bel aligoté.
Paul Pillot, Bourgogne aligoté 2020 : Couleur encore plus claire, nez qui semble plus austère, plus citronné, plus « minéral ». Bouche très tendue, pas de gras du tout ici, très énergique, encore plus longue et plus salivante, dans un style un peu plus austère. Très bel aligoté également.
Les Horées, Coteaux Bourguignons Mon poulain 2022 : (pinot noir/gamay) Couleur très claire, contours violets. Nez éclatant dès l’ouverture, bonbon framboise, fraise, rose, pivoine. Bouche infusée, jus de fruit, pas de tannins, avec une acidité proche d’un blanc, très frais et facile à boire, une aromatique nature éclatante, un vrai bouquet de fleur et de framboise, pas forcément très long mais d’une efficacité redoutable avec un très joli style.
T. Liger-Belair, Bourgogne pinot noir Grands chaillots 2020 : Couleur sombre pour un pinot, nez mûr, fruits noirs, un peu de volatile. Bouche puissante, concentrée, presque sudiste, encore trop jeune, pas tout à fait en place, bonne acidité derrière mais qui semble un peu dissociée. On ne reconnait pas la finesse habituelle du domaine en l’état, mais pas de grosse inquiétude, à réessayer dans quelques années. Merci pour la bouteille Charles.
Anne Gros, Bourgogne pinot noir 2021 : On revient sur une robe très claire, un nez très classique de pinot sur le fruit. Bouche légère, aérienne, pleine de fruit, pas un gros volume, mais très digeste, facile à boire et prêt dès maintenant, on y retourne facilement. Merci pour la bouteille Fred.
Arnoux-Lachaux, Bourgogne pinot fin 2019 : Le vin qui a le plus divisé peut-être. Couleur plus sombre, nez qui fait d’abord penser à un grenache avec un côté solaire, fruits rouges confits, orangette, épices, pot-pourri. La bouche est concentrée, encore jeune, l’acidité nous éloigne du grenache cette fois-ci, avec des tannins encore présents (effet petits rendements, grappe entière et pas de bois neuf ?) qui ont gêné certains, presque un côté nebbiolo. Il faut aller chercher le vin, moins de plaisir immédiat que les précédents, mais probablement plus de potentiel.
Gonon, IGP Ardèche Les Iles Feray 2018 : proche du 2020 de la semaine dernière, très marqué syrah sauvage en grappe entière à la Gonon, tapenade, lardé… Bouche avec un peu moins de finesse de texture que le 2020 même si ça reste excellent.
Rostaing, IGP Collines rhodaniennes Les Lézardes 2016 : Couleur sombre, un nez bien marqué syrah aussi, violette, suie, thé noir, fumé, encore plus animal que Gonon. La bouche présente aussi cette aromatique intéressante, sauvage, épicée, mais des tannins encore un peu fermes en finale. Du vrai Rostaing. Presque encore un peu jeune dans l’idéal. Merci pour la bouteille Olivier.
Labet, Crémant du Jura 2020 : Couleur dorée, un peu trouble, semble déjà évoluée. Nez sur le miel, les fruits jaunes bien mûrs, brioche, petite touche oxydative moins présente que la semaine dernière. Belle matière en bouche, mûre, bulle fine, assez long, belle tenue à l’air. Très bien pour finir également.
En conclusion de cette première partie, tout le monde s’est accordé à dire que le niveau d’ensemble était vraiment très élevé. Bien souvent, les styles des différents vignerons étaient très marqués. Les Grands vins des petits vignerons à venir les semaines suivantes vont avoir fort à faire…
Domaine de 5 hectares repris fin 2021 (premier millésime en 2022) + 2,5 hectares en plantation. Chardonnay majoritaire pour le moment + chardonnay muscaté, pinot noir et gamay. Plantations de Syrah, aligoté, chardonnay et chardonnay muscaté à venir...
Claire Freist et Edoardo Veltroni se sont rencontrés en Bourgogne, chez Trapet et Bernard Moreau notamment. Edoardo est auparavant passé chez Elisabetta Foradori, André Beaufort, La Vougeraie.
Travail en bio (certifié à partir des 2024) et biodynamie (non certifié pour le moment). Vinifications sans intrants ni sulfites.
Toutes les vignes sont sur Chalus - un des 3 villages de la DG Côtes d'Auvergne Boudes.
Suite à la sécheresse de 2023 et au gel de 2024, des cuvées de négoce (achats de raisins bio en Bourgogne, Languedoc, Auvergne) devraient bientôt voir le jour. Ce n'était pas forcément prévu au départ, mais il n'y a pas le choix après 2023 et 2024, comme pour la plupart des jeunes vignerons d'Auvergne...
Débuts très compliqués au niveau quantité (mais pas qualité). 2022 : rendements moyens autour de 20hL/ha. 2023 moyenne autour de 9hL/ha (sécheresse). 2024 se profile autour de 9hL/ha (gel puis mildiou principalement, malgré 13 traitements et 12 à 14 heures quotidiennes dans les vignes)...
La commune de Chalus avec son château, sur un éperon basaltique, juste avant d'arriver à Boudes. Plus que 2 producteurs ici : Abbonnat et Les Terres Bariolées, tous les deux en bio. Les vignes sont principalement à l'Est et au Sud. Comme à Boudes il s'agit d'un secteur solaire et surtout très sec.
Les bouteilles sorties sur le millésime 2022
Au printemps :
Les Suquets : (100% chardonnay) un chardonnay élégant, frais, pur et minéral.
La boudeuse : (100% pinot noir) un pinot noir léger, infusé, avec une petite volatile.
Frizzette pet' nat' rosé : (chardonnay et gamay) une bulle fraîche et vineuse.
A l'automne
Sables de grès : (100% chardonnay muscaté en macération, égrappé) vin de macération au nez aromatique, à la bouche très fine et élégante pour une macération de six mois.
Chalenta : (100% chardonnay) un chardonnay avec un élevage plus long que Les Suquets, plus de volume, plus exotique, plus de potentiel de garde, il appelle la table.
La Condamine : (100% gamay) un gamay sérieux, coloré, avec un bon potentiel de garde.
Les Chirouzes : (100% pinot noir) un pinot à peine plus puissant que La Boudeuse, mais dans un style toujours tout en finesse et en fraîcheur, qui s'aborde déjà très bien en jeunesse. 2023 sera plus puissant et solaire.
Visite des vignes (été 2024)
La Boudeuse, pinots noirs plantés en 1993 (+ un bout en 2003) à 4500-5000 pieds/ha, des sélections de Bourgogne sur porte-greffes 5C et 161-49. La seule qui a plutôt bien résisté au gel de 2024, malheureusement touchée en partie par le mildiou malgré les traitements. Ici aussi taille physiologique guyot-poussard (l'idéal c'est 5 rameaux, 12 grappes, 35hL/ha). Parcelle en haut de coteau qui culmine à 550m d'altitude.
Comme sur l'ensemble de Chalus les sols sont argilo-calcaires avec du basalte, ce sont les proportions qui changent légèrement d'une parcelle à l'autre, avec parfois un peu de sable aussi.
Début de véraison août 2024 dans La Boudeuse
A gauche du chemin les pinots de La Boudeuse, à droite les pinots des Chirouzes. Sols assez proches. Exposition qui tourne vers le Sud sur les Chirouzes (= roches volcaniques), plus solaire et toutes petites grappes millerandées comme on rencontre parfois en Bourgogne.
Les pinots noirs des Chirouzes. Sur l'ensemble du domaine les vignes sont magnifiques : palissées hautes et tressées, travail sur les couverts végétaux (avoine surtout), dans l'idéal plus de labour dans les années à venir, pulvérisation de lait de chèvre pour mieux "coller" la bouillie bordelaise.
Après être passé devant Les Suquets (= pieds de vignes ?), tout en bas du coteau Est où les sols contiennent un peu plus d'argiles rouges, puis des gamays de La Condamine (terre du Seigneur, du château de Chalus probablement. Gamay d'Auvergne et Beaujolais 1963 et 1998) à mi-coteau où tout a gelé, voilà les vignes de Chalenta en haut de coteau. Les 10 rangs de chardo muscaté sont tout à gauche de la parcelle.
Plantations de chardonnay et aligoté, plein Est. Les sols sont un peu plus sableux et plus calcaires. A droite les plantations de syrah. Entre les deux un peu d'espace pour un projet de plantations d'arbres, de végétaux voire peut-être quelques animaux...
Les nouvelles plantations de syrah. Achat des meilleures sélections massales chez Lilian Bérillon. Densité à 6000 pieds/ha. Greffage à l'anglaise (une sorte de Z à l'envers) sur porte-greffes paulsen, fercal et 140 ruggieri. Premier millésime en 2025 si tout va bien...
A la Cave - sur fûts (embouteillage pour début 2025)
Tous les 2023 seront embouteillés avec la nouvelle embouteilleuse partagée (avec Bastien Migeon, Lisa et Paul...), avec inertage à l'azote, sans sulfites ajoutés. Bouchons garantis sans TCA sur toutes les cuvées domaine. Analyses en labo tous les mois.
Chalenta 2023 : goûté sur 2 fûts différents, il reste quelques sucres à finir sur l'un. Chardonnay mûr avec des notes de fruits exotiques, une bouche dense, avec une petite volatile sur l'un des fûts qui lui fait du bien, intégrée à l'ensemble, apporte du peps et une sensation d'allonge. L'élevage reste discret à chaque fois. Les finales sont énergiques claquantes, ne saturent jamais le palais.
Suquets 2023 : (élevage plus long que l'an passé donc) Un chardonnay plus citronné (sols plus riches en argiles rouges), moins de volume, un peu plus austère, plus sur la tension que le précédent. Un autre style, très bon aussi. Regoûtés en bouteille, les deux blancs ont gardé quelques sucres résiduels (ils ont été à peine sulfités à la mise du coup), bien équilibrés par une très belle acidité. Ils combinent gourmandise, fraîcheur et tension. Ce sont probablement les meilleurs blancs 2023 de la région.
Sables de grès 2023 : (méthode différente cette année, seulement 1 mois de macération en jarre mais grappes entières) Un nez orange, plantes amères, moins muscaté, moins aromatique, plus subtil que l'an dernier. Une bouche moins tannique, plus suave, là aussi moins muscaté, mais qui allonge bien. Très prometteur.
Chirouzes 2023 : goûté sur 2 fûts différents, un pinot plus coloré que l'an passé, plus puissant, plus dense (on reste sur du 13-13,5% vs environ 11,5-12% l'an passé, pH bas autour des 3,4 qui lui donne une belle acidité, c'est équilibré, grain de tannins très fin, un pinot plus sérieux que l'an dernier, qui sera probablement moins gourmand au départ mais qui ira loin. Comme tous les vins précédents, parfaitement propre, aucune déviance ni problème bactérien sur ce millésime solaire.
(Pas de condamine en 2023 ni de Boudeuse)
En bouteille - Vins de négoce avec une étiquette différente, mis en bouteille en juillet 2024
Moitié route 2023 : (gamay de la condamine, pinot de la boudeuse et pinot de Bourgogne. Environ moitié gamay moitié pinot au final. Tout en grappe entière) Un vin coloré, nez plutôt marqué par le gamay, fruits noirs. Bouche gourmande, ronde, facile, avec une petite sucrosité, sudiste sur ce millésime. Pas très complexe mais c'est bon, sans défauts. Objectif atteint.
Bariolage 2023 : (chardonnay et aligoté de Bourgogne + 20% chardonnay muscaté) Un nez aromatique, exotique, papaye, goyave, beurre. Bouche qui est en fait légère en alcool, qui a gardé de la fraîcheur, une bonne acidité, qui finit sur le peps de l'aligoté et donne envie d'y retourner. Parfaitement propre là aussi.
2024 : 90% de perte à cause du gel ! Trois cuvées de négoce sont sorties en mai 2025 :
Bariolage blanc 2024 : (80% aligoté de Bourgogne + 20% chardonnay muscaté d'Auvergne. 7 mois en fûts de 350L) Un nez aromatique marqué par le muscaté, la bouche est moins aromatique, plus marquée par l'aligoté, très bel équilibre entre rondeur et tension, belle texture à l'attaque apportée par l'élevage, finale qui reste traçante et salivante.
La Pigné 2024 : (80% gamay + 20% chardonnay muscaté. Raisins du domaine de Gergovie en Auvergne. 7 mois en amphore de grès) Un rouge très clair, plein de fruit, très pivoine, à peine bonbon au nez sans aller trop loin, bouche en rondeur, légère, peu tannique, pas très longue, mais très facile à boire, gourmand et très efficace.
Moitié route 2024 : (50% syrah, 25% cinsault du Larzac + 25% chardonay muscaté d'Auvergne. 7 mois fûts de 350L) Un vin sombre, au nez marqué par la syrah, lardé, floral, très légère touche muscatée dans le fond. Bouche marquée par la syrah aussi, avec beaucoup de fraîcheur, de l'allonge, un profil vertical, très long et salivant, umami. Moins en gourmandise immédiate que la Pigné, mais plus de profondeur et de potentiel de garde, même s'il est déjà excellent aujourd'hui.
En attendant de trouver des vignes dans le Puy-de-Dôme, Landry achète des raisins (à des amis sérieux, tous en bio) dans d’autres régions. Il va lui-même vendanger et ramène les raisins pour les vinifier dans son hangar à Pont-du-Château. Les vinifications sont peu interventionnistes, tout est en levures indigènes, peu sulfité (seul une cuvée a vu 10mg à la mise et une autre 10mg au pressoir), parfaitement propre, sans aucun défaut œnologique grâce à un travail minutieux. Le style se veut très pur, frais, digeste, léger en alcool sur les rouges comme sur les blancs, avec de belles acidités salivantes.
1 Mutinerie (100% Syrah de Chiroubles) Une syrah au nez sauvage, lardé, garrigue, poivré, thé noir, violette… qui semble annoncer un vin avec beaucoup de caractère. La bouche est étonnamment très légère (un peu moins de 11% !), très ronde, peu tannique, avec une belle texture soyeuse, très digeste et facile à boire.
2 La chasse au chagrin (100% grenache du Gard) Le grenache est très clair en couleur, avec un nez très fruité, très fraise, pivoine, un peu bonbon. La bouche est là aussi légère en alcool, toute en fruit, peu tannique, soyeuse avec une petite touche de grappe entière et de végétal noble qui étire la finale.
3 Manières (100% gamay de Chiroubles) : un gamay plus sérieux que les rouges précédents, un peu plus fermé, avec plus de matière, plus de puissance, qui va demander un peu de garde dans l’idéal, mais avec peut-être plus de fond. Un style plus sérieux, mais qui reste frais.
4 L’Etreinte (100% pinot gris d’Alsace) un nez un peu réduit, fumé, grillé, avec beaucoup de lies qui gêne un peu au départ avant de s’atténuer avec l’aération. La bouche est par contre très énergique, très saline, avec un beau volume, pas très haute en alcool pourtant, longue et salivante, avec des amers nobles en finale.
5 Pluie battante (100% chardonnay de Chiroubles) très légère réduction sur lies là aussi, mais derrière on sent un fruité presque exotique, avec des notes d’ananas de plus en plus présentes avec l’aération. La bouche est fruitée, aromatique, moins sur la tension que le pinot gris, moins long mais plus immédiat et plus gourmand.
6 Superstition (Macération. Pinot gris d’Alsace + sauvignon d’Anjou) Un vin de macération qui a surpris par sa finesse, un vin très légèrement orange, pas spécialement tannique, qui combien une aromatique fruitée, éclatante à une bouche acidulée et gourmande. Il a surpris même ceux qui jusque-là étaient réfractaires aux vins de macération.
7 Second souffle (100% chenin d’Anjou) Un chenin énergique, citronné, avec une bouche tendue, percutante, très salivante, sans manquer de volume. On termine en beauté.
+ Fond de cuve de la syrah en Magnum : Pour la science Landry nous sort quelques vins non commercialisés, le fond de la cuve avec les lies, donc très trouble pour cette syrah, dont l’aromatique est encore plus marquée garrigue et sauvage que sur le premier vin, et une bouche avec un peu plus de matière et de mâche, tout en gardant la fraîcheur, d’un niveau exceptionnel.
+ Fond de cuve du grenache : moins de différence ici, le grenache n’est pas si trouble que ça, assez proche du deuxième goûté.
Les Bonus :
Pierre Deville Champagne Primitif (Verzy, 2020+2019 et 2018).
Prince Pierre Napoléon Bonaparte, Bleu Impérial IGP Ile de Beauté Cinsault 2022
Henri Boillot, Volnay 1er cru Les Caillerets 2022
Grant Burge, Barossa Valley The Holy Trinity Grenache Syrah Mourvèdre 2011
Liefmans, Kriek Brut 2022
Barbeito, Madère Tres Pipas Bastardo Reserva velha Medium dry
Victoire à l’unanimité des deux champagnes et du Madère !
Un grand merci à tous les participants pour cette dernière du semestre et surtout un grand merci à Landry, qui s’est prêté au jeu très difficile de faire goûter ses vins à des amateurs, qui a osé s’exposer aux critiques mais qui s’en est brillamment tiré en répondant à toutes nos interrogations et surtout avec des vins d’un niveau exceptionnel pour un premier millésime !
Nul doute que c’est un format qui sera reconduit !
Après le thème pinot/pas pinot de l’an dernier, 2024 était consacrée au chardonnay et à la syrah, toujours sur le format « match entre 2 équipes ».
A quoi reconnaît-on un chardonnay ? Bien souvent à l’élevage qui l’accompagne : le beurre, le gras... Ce qui fonctionne parfois certes, mais qui peut aussi être trompeur lorsque l’on rencontre un chardonnay en cuve ou un cépage différent élevé « à la bourguignonne ». Les participants étaient donc emmenés à se focaliser sur les éléments structurants du vin plus que sur les arômes. Le chardonnay donne généralement des vins avec une bonne acidité, avec du corps, sans monter trop haut en alcool (si l’on parle du chardonnay en Bourgogne de millésime « moyen »). Il tire donc sa force de son équilibre : il a l’acidité et la fraîcheur des vins du Nord (plus d’acidité que roussanne, marsanne etc…) et la densité des vins du sud (plus « épais » que riesling, sauvignon…), ce qui fait qu’il supporte bien l’élevage fût et la fermentation malolactique. On peut le confondre avec rien au sens où aucun cépage ne lui ressemble vraiment et avec tout car tout cépage est susceptible de lui ressembler si l’élevage est bourguignon.
La syrah a été présentée comme un cépage coloré, haut en alcool (toutefois moins que le grenache), avec une bonne acidité, du corps (mais un peu moins qu’un grenache aussi), et la possibilité de donner des vins tanniques. La syrah peut facilement être confondue avec le gamay ou la mondeuse (censés être un peu moins hauts en alcool, et moins tannique pour le gamay) et avec le carignan et le mourvèdre côté sud, qui eux donnent des vins généralement encore plus élevés en alcool.
Mais gardons toujours à l’esprit qu’en fonction des terroirs, des vinifications etc… il y a plus de cas particuliers que de généralités !
Soirée n°1
Desvignes, Givry blanc En Chenèves 2022 : (100% chardonnay) On commence avec un chardonnay très classique, au nez quand même assez mûr et légèrement boisé. La bouche combine gras, beurré avec une bonne acidité, de longueur moyenne. Le chardonnay est globalement identifié.
André Perret, Condrieu 2022 : (100% viognier) Un Condrieu classique marqué par la pêche, l’abricot, au nez exubérant. La bouche est fruitée, grasse, puissante (14%), avec une acidité un peu trop basse pour être un chardonnay. Le Rhône est globalement bien identifié par les participants.
Arnaud Lambert, Saumur blanc Les perrières 2022 : (100% chenin) Couleur claire, nez très citron, agrumes, un peu de pomme au four, élevage discret, la bouche est tendue, très salivante, sensation minérale, elle semble manquer un peu de corps et de puissance pour un chardonnay. Un vin très élégant qui a été globalement identifié.
Les Frères Mignon, Coteaux champenois blanc 2019 : (100% chardonnay) Couleur bien dorée, nez qui rappelle la brioche, les lies, fruits jaunes mûrs également. La bouche présente un très beau volume combiné à une acidité élevée et très bien intégrée, peu beurrée, très énergique, crayeuse, probablement proche du nature mais très propre et très long. Par déduction, les participants partent globalement sur un chardonnay. Sacré niveau sur les blancs ce soir !
A et P De Villaine, Bouzeron 2022 : (100% aligoté) Couleur claire, nez assez « neutre » principalement sur le citron. La bouche est légère en alcool, avec une belle acidité salivante, presque maigre, mais fraîche et digeste. Tout le monde s’accorde sur un cépage du Nord qui n’a pas la densité du chardonnay. Merci pour le bonus Fred !
Daniel Bouland, Morgon Corcelette sable VV 2022 : (100% gamay) Couleur sombre - mais moins que les suivants, nez de fruits noirs, violette, poivre. Bouche avec du volume, sur les arômes du nez, des tannins fins, très beau fruité, très juteux, c’est mûr et dense (14% vol) sans être alcooleux et assez long. Tout le monde tombe dans le panneau en disant syrah sur ce très joli Morgon.
Vasse Felix, Maragaret River Filius Cabernet sauvignon 2020 : (95% cabernet sauvignon, 4% malbec 1% petit verdot) Couleur sombre, nez crème de cassis, eucalyptus, élevage bien intégré. La bouche est mûre, suave, pas très tannique pour un cabernet, légèrement épicée. Tout le monde est un peu perdu avec ce vin qui pourrait être une syrah du nouveau monde ou tout autre chose.
Barge, Côtes-du-Rhône Serine 2022 : (100% syrah Lieu-dit Bonnivière en Côte-Rôtie) Couleur sombre, nez très sauvage, lardé, violette, herbes aromatiques, anchois, thé, grappe entière, à la limite de la sous-maturité. La bouche est infusée, très sauvage, peu élevée en alcool, avec du végétal, un parti pris très fort de syrah sauvage, pure, que certains ont trouvé trop en sous-maturité et que d’autres ont trouvé génial. Là aussi, beaucoup sont perdus sur le cépage.
Clos Venturi, Brama syrah IGP Ile de Beauté 2022 : (100% syrah) on termine la série de rouge par un vin un peu plus clair et un peu plus léger, plus discret, facile à boire, tout en élégance, bien travaillé mais atypique pour une syrah.
Monts Fournois, Champagne Côte 2010 : (100% chardonnay à Vertus, extra-brut. Dég 2023) On termine par un champagne peu dosé, minéral, encore jeune pour 2010 à la bulle très fine, un style noble et sérieux, où globalement le champagne blanc de blancs a été identifié.
Soirée n°2
David Reynaud, Crozes-Hermitage Blanc Aux Bêtises 2022 : (70% marsanne 30% roussanne, 2/3 œuf 1/3 bois) Couleur claire, nez très aromatique de fleurs blanches et d’abricot. La bouche est légère en alcool et pas très grasse pour un vin du Rhône, assez élégante. Les participants ne sont pas sur un chardonnay mais globalement sur une région plus fraîche que le Rhône.
Stater-West, Saumur Brézé 2020 : (100% chenin) un chenin encore un peu marqué par son élevage, légèrement beurré et toasté, avec une bouche grasse, très typée bourguignonne. Le piège fut donc fatal.
Arnot-Roberts, Watson ranch chardonnay Napa Valley 2021 : (100% chardonnay) couleur claire là aussi, un nez légèrement beurré et fruits exotiques, mais peu boisé. La bouche est différente du nez, plus minérale, énergique, légère en alcool (12,5%), tendue et très digeste. Un joli vin dont la localisation et le cépage ont bien sûr posé problème.
Maxime Cottenceau, Montagny 1er Cru Vignes Longues2021 : (100% chardonnay) On termine par un chardonnay plus classique, qui combine gras et acidité, avec un peu d’élevage au nez mais une fin de bouche très minérale, très longue, encore un peu jeune mais avec beaucoup de fond. Très joli vin, globalement placé en Bourgogne.
Patrick Bouju, Lulu L2020 : (100% gamay, Auvergne) On passe au rouge avec un vin clair, très trouble, à la volatile marquée (un peu d’acétate au nez et d’acétique en bouche), un peu de gaz aussi, parti-pris de vinification naturelle marqué, qui a donc divisé, certain ont adoré d’autres ont détesté. Un vin qui ne laisse pas indifférent, intéressant à goûter dans cette série, tout comme le Dard & Ribo. Merci Renaud et PN.
JM Burgaud, Morgon Les charmes 2022 : (100% gamay) un gamay foncé en couleur, sur les fruits noirs, mais une bouche légère en alcool aux tannins fins avec un très beau fruité. Moins piège que le Daniel Bouland de la semaine précédente qui était un peu plus mûr.
André Perret, Saint-Joseph 2022 : (100% syrah) Couleur sombre, nez encore marqué par l’élevage, vanillé, bouche qui semble plus puissante qu’elle ne l’est réellement, très poivrée, un peu dissociée et boisée. Par déduction la syrah est globalement trouvée.
Dard & Ribo, Crozes-Hermitage 2021 : (100% syrah) un vin très clair en couleur, léger en alcool, qui ne fait pas du tout syrah, malheureusement marqué par la souris sur cette bouteille. Un producteur qui se goûte généralement mieux.
Pierre Vaïsse, IGP Hérault Aphyllante 2020 : (100% mourvèdre) Couleur sombre là aussi, un nez orienté fruits noirs, menthol, bouche soyeuse, gourmande, tannins très fins, très suave, sans jamais tomber dans la lourdeur, une belle bouteille, dont le cépage n’est pas simple à deviner.
Besse, Valais syrah les serpentines 2019 : (100% syrah) Une syrah suisse très sombre, puissante, épicée, encore quelques tannins, chaleureuse, qui demande presque à vieillir encore un peu. Les participants pensent globalement à une syrah du sud.
Clos L’Epinay, Chaflorie Pét Nat’ 2023 : (100% chenin sur Vouvray) On termine avec un pet nat, travaillé en nature, parfaitement propre, très gourmand, avec un peu de sucre, léger en alcool, facile à boire, à la bulle fine. Pas très long mais très bien pour terminer. Personne ne pense chardonnay ici.
Soirée n°3
Bretaudeau, Muscadet Gabbro 2021 : (100% melon de Bourgogne) On attaque par un vin clair en couleur, au nez citronné, légèrement marqué par le grillé des lies, sans bois. La bouche est tendue, dynamique, légère en alcool (12%), pas très épaisse mais avec une belle longueur. Beaucoup ont répondu chardonnay sur ce très beau Muscadet.
Riccitelli (Argentine), Gualtallary Sobre suelos calcareos chardonnay 2021 : (100% chardonnay) Un vin légèrement plus coloré, élevé en œuf béton, réduit à l’ouverture, superbe après 4-5h de carafe, un nez très marqué allumette, lies, agrumes. Bouche encore plus énergique et tendue que le précédent, un peu plus d’alcool (13%), de corps et de longueur. Un vin qui a surpris, le chardonnay a été évoqué par déduction.
Combier, Crozes-Hermitage clos des grives blanc 2021 : (95% roussanne, 5% marsanne) un vin bien plus coloré, au nez marqué par l’élevage en barrique, vanillé, toasté, beurré, avec de l’abricot, des notes florales. Une bouche grasse, opulente, pas très haute en alcool sur ce millésime mais qui manque clairement d’acidité à l’unanimité être un chardonnay.
Benoit Girardin, Chassagne-Montrachet 2021 : (100% chardonnay) On termine par un bourgogne très classique, gras, beurré, à peu près au même niveau que le précédent en taux d’alcool et en densité, mais la finale a plus d’acidité et de longueur. Le chardonnay est vite identifié.
Edmunds St John (Californie), Barsotti ranch syrah 2014 AVA El Dorado County : (100% syrah) Une couleur sombre à peine rouillée, un nez de fruits noirs, de cuir, de fer. La bouche est finalement bien plus légère que ne le laissait présager le nez, vive, fraîche, pas très épaisse ni très longue mais très digeste. Un vin en hommage au nouvellement retraité Edmunds St John qui a beaucoup œuvré pour la nouvelle génération californienne. Très difficile à placer pour nous ce soir-là.
Fils de Charles Trosset, Savoie Arbin Mondeuse Prestige des arpents 2019 : (100% mondeuse) Une mondeuse colorée, sur les fruits noirs, la violette, un peu de poivre, légère en alcool (12,5%) mais qui semblait mûre, les tannins sont relativement fins pour une mondeuse. Difficile à placer.
Château Thivin, Côte de Brouilly Zaccharie 2019 : (100% gamay) Couleur claire, nez de fruits rouges, cerise, pivoine, très bourguignon sur ce millésime. La bouche est mûre, mais avec des tannins fins, une belle acidité, tout le monde pense à un joli pinot noir, moi le premier… Merci pour ce joli piège Olivier !
Domaine des Lises, Crozes-Hermitage Franc de pied 2015 : (100% syrah) Couleur sombre, peu d'évolution, nez de syrah racé, fruits noirs, violette, léger lardé, une bouche qui combine intensité, puissance et fraîcheur avec une très belle acidité et une trame minérale dans le fond, il reste encore des tannins mais pas secs et légèrement fondus par le temps en bouteille. Une très belle syrah, profonde, qui en a encore sous la pédale.
Pierre Vaïsse, IGP Hérault Aphyllante 2020 : (100% mourvèdre) Couleur sombre là aussi, un nez orienté fruits noirs, menthol, bouche soyeuse, gourmande, tannins très fins, très suave, sans jamais tomber dans la lourdeur, une belle bouteille, dont le cépage n’est pas simple à deviner mais que certain(e)s ont tout de même décelé.
Domaine des Bérioles, Tressallier 2022 Méthode traditionnelle : on termine tranquillement par des bonus, toujours très efficace une bulle fruitée, légère, aérienne.
Sérol, Vin de France Turbullent : on finit par ce pétillant rosé avec 8-10gr de SR, parfait pour clôturer l’année.
Merci à tous les participants. On se retrouve en septembre pour de nouvelles aventures !
Pour bien comprendre les différences avec l’AOC Sant-Pourçain, voici quelques éléments de comparaison :
L’AOC Saint-Pourçain fait environ 600 hectares répartis sur 19 communes et 20kms de long contre 400 hectares sur 53 communes et 80 kms de long pour l’AOC Côtes d’Auvergne qui est donc plus étalée et encore plus hétérogène.
On compte une vingtaine de producteurs à Saint-Pourçain contre une petite cinquantaine dans les Côtes d’Auvergne, où les exploitations sont donc en moyenne bien plus petites.
Le climat est aussi bien différent, beaucoup plus chaud et sec dans les Côtes d’Auvergne protégées par les Monts du Sancy (effet de Foehn). Il y a en moyenne 200mm/an de pluie supplémentaire à Saint-Pourçain. Cela explique en partie la meilleure réussite des blancs à Saint-Pourçain et les expérimentations comme les blancs de noirs, les vins de macération, etc... dans le Puy-de-Dôme.
L’encépagement est différent également avec la présence du Tressallier à Saint-Pourçain et l’arrivée de nouveaux cépages plus sudistes comme la syrah en IGP Puy-de-Dôme par exemple.
Enfin, les sols sont eux aussi en partie différents : on trouve du granite, de l’argilo-calcaire et du sable dans les deux appellations mais les sols volcaniques à proprement parler ne se trouvent qu’à certains endroits des Côtes d’Auvergne.
Soirée Auvergne n°1
1 Terres Bariolées, Côtes d’Auvergne Les Suquets 2022 (100% chardonnay, à Chalus) : couleur or pâle un peu trouble, nez un peu fermentaire, levure, poire, agrumes. La bouche est assez simple, manquant un peu d’énergie et de tension sur ce millésime solaire dans le Puy-de-Dôme. Un vin qui se goûtait mieux il y a 6 mois finalement.
2 Les Bérioles, Vin de France Autochtone 2021 (100% tressallier, à Cesset) : Couleur or, nez sur les agrumes, floral, à peine miellé, début d’évolution que l’on a senti avec l’ouverture vers des fruits plus exotiques. La bouche combine un très beau volume à une belle tension, aussi long que large, il s’est bien ouvert lui qui était un peu austère il y a un an, avec du fruit et aussi une sensation de minéralité sur la fin de bouche, finale très longue et salivante. Déjà excellent en l’état et un grand vin dans un an ou deux qui a fait l’unanimité.
3 Grosbot-Barbara, Vin de France Clos Jacques Chevallier 2018 (75% chardonnay + tressallier, pinot gris, à Cesset) : Couleur or pâle, nez déjà bien évolué, peut-être un peu trop pour 2018, avec un côté beurre rance. La bouche est très jolie, grasse et beurrée mais elle a aussi gardé une bonne fraîcheur et de la longueur. Un peu frustrant au final, la bouteille a probablement évolué un peu trop vite et se goûtait beaucoup mieux il y a un an ou deux. Le vin reste plutôt bon, mais pas au niveau espéré.
4 Bastien Migeon, Côtes d’Auvergne Châteaugay Tiétà 2022 (75% gamay, 25% pinot noir) : couleur assez claire pour un gamay majoritaire, un nez plein de fruit et de pivoine, cerise, framboise. La bouche attaque avec ce joli fruité, puis elle se durcit sur la finale, sur des notes « volcaniques » de cendre et de fumée qui étaient plus discrètes il y a quelques mois. Le terroir est en train de ressortir, il apporte une certaine complexité mais a un peu trop resserré le vin peut-être. Ça reste d’un très bon niveau, surtout pour un premier millésime.
5 Clos de Breuilly, Saint-Pourçain Barnabooth 2021 (60% pinot noir + gamay, à Cesset) : Couleur rubis foncé, nez plus classique de pinot à la bourguignonne, fruits noirs et rouges, à peine d’élevage mais déjà bien intégré. La bouche combine fruité, finesse des tannins, texture soyeuse, fraîcheur et une belle longueur, dans un style qui rappelle clairement la Côte de Nuits. Un style très différent du précédent, avec probablement plus de potentiel de garde ici. Il a fait l’unanimité lui aussi lors des deux soirées.
6 Henri Chauvet, Côtes d’Auvergne Boudes Abrupts 2022 (100% gamay) : couleur grenat, à peine trouble, le nez est parfaitement propre dès l’ouverture, profond, on hésiterait entre gamay et syrah sur cette cuvée, un peu lardé, mais surtout fumé, avec des fruits noirs, de la violette, des notes racinaires, de la ronce. La bouche semble à la fois aérienne, légère en alcool, avec une belle texture soyeuse sans être boisé, mais aussi avec du corps, des arômes très nobles de grappe entière, beaucoup de fraîcheur, et surtout une finale qui allonge loin, très saline et très umami. Pour chipoter, l’aromatique en bouche est un peu discrète, plus qu’à sa sortie en tout cas, le vin est encore un peu jeune dans l’idéal même si tout le monde l’a trouvé superbe. Il a encore un gros potentiel de garde.
7 Renards des Côtes, Vin de France Cheire de Poule 2022 (100% gamay, à Sayat) : dès l’ouverture de cette bouteille c’est très marqué vernis à ongle (acétate d’éthyle) et encore pire avec l’ouverture, le vin ne sera pas bu. Etonnant, car d'autres bouteilles de la même cuvée se goûtaient très bien.
8 Miolanne, IGP Puy-de-Dôme syrah 2022 (100% syrah, à Neschers) : couleur très sombre, nez très marqué syrah, violette, fruits noirs, lardé, semble annoncer un vin puissant. Mais la bouche est finalement légère, aérienne, avec des tannins très souples, très facile à boire, avec une belle fraîcheur, tout en gardant une aromatique de belle syrah très pure. Très joli.
9 Benoît Montel, IGP Puy-de-Dôme Sang des volcans 2020 (100% syrah, à St Bonnet-près-Riom) : couleur très sombre aussi, un nez sur les fruits noirs, le cacao, petite touche d’élevage vanillé. La bouche est légèrement plus puissante et plus dense que le précédent, l’élevage fût a bien arrondi les tannins, un style plus civilisé et plus en rondeur, la finale a quand même gardé une bonne acidité qui donne une allonge bienvenue. Jolie syrah là aussi, qui profite bien de ses deux ans de plus en bouteille.
10 Coteau Libre, Coteau rouge 2022 (80% syrah + gamay, pinot à Saint-Privat du Dragon) : une bouteille prélevée en cours d’élevage, couleur très sombre, un nez très typé syrah du Rhône, très lardé, un peu sanguin, violette, anchois, olive, toute petite volatile. Bouche plus puissante que les précédents, mais aussi un peu plus d’allonge avec à la fois plus d’acidité et de tannins, moins de rondeur, plus de salinité aussi, un côté umami en finale, très salivant. Pour des vignes plantées en 2020 tout le monde s’est accordé à dire qu’il y avait un vrai terroir et un style à part. Très intéressant.
11 Annie Sauvat, Vin de France Syrius 2018 : (Vin de paille, 100% gamay à Boudes) : couleur framboise, nez très purée de fraise, fruits rouges, un peu vineux. Bouche avec un bel équilibre, pas trop sucrée, une bonne acidité, beaucoup de fruit, reste assez frais et digeste. Parfait pour finir. Merci Seb !
Soirée Auvergne n°2
1 Jean Wambergue, IGP Val de Loire-Allier Initial Tressallier 2022 (100% tressallier, à Saulcet) Couleur claire, nez sur le citron, les agrumes, à peine floral. Bouche vive, tendue, traçante, légère en alcool, citronnée, belle acidité qui réveille les papilles, sensation minérale et bonne longueur. Jean a choisi de ne pas faire la malo, peut-être un bon choix en 2022. Parfait pour débuter et mettre en appétit.
2 Grosbot-Barbara, Saint-Pourçain Les Maltotes 2022 (50% chardonnay, 50% tressallier, à Montord) Un style complètement opposé, couleur plus marquée, nez beurré, encore jeune, sur des notes d’élevage vanille, coco, fruité plus mûr. La bouche est ronde, grasse, ample, boisée, mais heureusement l’acidité du tressallier s’impose en fin de bouche empêchant le vin de tomber dans la lourdeur en l’étirant juste ce qu’il faut. Un vin de gastronomie, qui séduit toujours l’assemblée.
3 Les Bérioles, Vin de France Intrépide 2017 (100% chardonnay, à Cesset) Jean nous a ressorti un 2017 pour l’occasion, couleur bien dorée, nez très bourguignon, floral, fruits jaunes, beurré. En bouche l’attaque est grasse, large, encore en pleine forme, très vite l’acidité plus élevée que dans le vin précédent étire le vin, qui finit un peu plus austère mais plus long, sur des amers nobles. Très joli vin aussi, qui a l’avantage d’être à son apogée.
4 Terres bariolées, Vin de France Sables de grès 2022 (100% chardonnay muscaté en macération, à Chalus) Couleur entre ambre et orange, plutôt limpide (sauf le fond de bouteille). Joli nez, exubérant, légèrement marqué par la rose, mais aussi, abricot, pêche, miel, semble proche d’un beau nez de liquoreux. La bouche est bien sûr sèche, sur des arômes de fruits secs et de fruits confits, de la rose, quelques tannins et quelques amers mais très fins pour ce vin orange qui reste accessible, complexe, avec beaucoup de peps. Par rapport au chardonnay de la semaine précédente qui manquait un peu de tension on voit là tout l’intérêt de la macération : aller chercher l’équilibre sur les amers et les tannins pour compenser le manque d’acidité. C’est réussi ! Bien sûr c’était un OVNI pour beaucoup ce soir-là, il a donc divisé l’assemblée.
5 Simon Bousquet, Vin de France Héloïm 2022 (80% gamay, 20% chardonnay, à Corent) On commence par la nouvelle mode du blouge (mélange de blanc et de rouge). La couleur est entre rose et rouge, un nez un peu réduit qui a besoin de temps, animal, puis il s’ouvre sur des fruits rouges acidulés et des notes de rose. La bouche est très légère, peu de corps, mais une belle acidité, très fraiche, un petit vin d’apéritif qui glisse tout seul, une aromatique de pinot sur un équilibre de vin blanc.
6 Terres d’Ocre, Vin de France Les Cailloux Pinot noir 2022 (100% pinot noir, à Châtel-de-Neuvre) Couleur framboise, nez plein de petits fruits rouges, éclatant, gourmand, marqué par la grappe entière aussi, clairement floral, pas très loin du côté bonbon mais il s’arrête juste où il faut. Bouche infusée, très pure, toute en fruit, acidulée, florale, toute en élégance, longueur moyenne mais on y retourne très facilement. (A carafer ou secouer un peu car il y a une pointe de gaz à l’ouverture - mais personne ne l’a senti du coup).
7 Clos de Breuilly, Saint-Pourçain Barnabooth 2021 (60% pinot noir, 40% gamay, à Cesset) Couleur rubis foncé, nez plus classique de pinot à la bourguignonne, fruits noirs et rouges, à peine d’élevage mais déjà bien intégré. La bouche combine fruité, finesse des tannins, texture soyeuse, fraîcheur et une belle longueur, dans un style qui rappelle clairement la Côte de Nuits. Un style très différent du précédent, avec probablement plus de potentiel de garde ici. Il a fait l’unanimité lui aussi lors des deux soirées.
8 Henri Chauvet, Côtes d’Auvergne Boudes Abrupts 2022 (100% gamay, à Boudes) : couleur grenat, à peine trouble, le nez est parfaitement propre dès l’ouverture, profond, on hésiterait entre gamay et syrah sur cette cuvée, un peu lardé, mais surtout fumé, avec des fruits noirs, de la violette, des notes racinaires, de la ronce. La bouche semble à la fois aérienne, légère en alcool, avec une belle texture soyeuse sans être boisé, mais aussi avec du corps, des arômes très nobles de grappe entière, beaucoup de fraîcheur, et surtout une finale qui allonge loin, très saline et très umami. Pour chipoter, l’aromatique en bouche est un peu discrète, plus qu’à sa sortie en tout cas, le vin est encore un peu jeune dans l’idéal même si tout le monde l’a trouvé superbe. Il a encore un gros potentiel de garde.
9 Les Chemins de l’Arkose, Vin de France Les terrasses 2022 (100% syrah, à Montpeyroux) : couleur claire pour une syrah, nez à peine réduit à l’ouverture au nez puis il s’ouvre sur des fruits noirs, un peu lardé. Bouche légère, facile à boire, peu d’alcool (12%), avec des tannins fins, très digeste, manque juste un peu de longueur dans cette série. On voit en tout cas clairement l’intérêt de la syrah en Auvergne, aujourd’hui très bien adaptée sur nos coteaux exposés sud.
10 Miolanne, IGP Puy-de-Dôme Syrah 2022 (100% syrah, à Neschers) : couleur très sombre, nez très marqué syrah, violette, fruits noirs, lardé, semble annoncer un vin puissant. Mais la bouche est finalement légère, aérienne, avec des tannins très souples, très facile à boire, avec une belle fraîcheur, tout en gardant une aromatique de belle syrah très pure. Très joli.
11 Les Chemins de l’Arkose, Vin de France 54-55 (100% plantet ou 54-55, pet’nat’ rosé, à Montpeyroux) : un pet’ nat’ à base d’hybrides. A ouvrir 1-2h à l’avance ou à carafer car la bulle est très présente à l’ouverture et pas de soucis, couleur rose foncé trouble, nez gourmand fraise, framboise, bouche légère, facile, simple mais efficace, impression d’une toute petite sucrosité. Parfait pour finir sur une note rafraîchissante.
Désolé auprès des producteurs dont nous n’avions plus rien en stock ou dont les premiers vins ne sont pas encore tout à fait sortis, et que nous aurions pourtant beaucoup aimé faire goûter… Nous comptons bien y remédier l’an prochain. Et au vu de l'engouement des participants à ces deux soirées, nul doute qu'il y en aura d'autres.
Corinne et Jean-Marie Bonny, passionnés de vin depuis longtemps, ont réalisé leur rêve : devenir vigneron. Ne trouvant pas de parcelle idéale à reprendre, ils ont fini par planter eux-mêmes des vignes ; un choix qui demande beaucoup de temps, d’argent et d’énergie mais c’était le seul moyen d’obtenir le résultat dont ils avaient toujours rêvé.
En 2017, la mairie de Saint-Sandoux leur propose une parcelle en friche depuis au moins la seconde guerre mondiale, d’un peu plus d’1 hectare, à Saint-Sandoux, de l’autre côté de l’autoroute, face à Veyre-Monton et à Corent, juste au-dessus de la parcelle de blanc de leurs amis de l’Arbre Blanc.
Le travail a été colossal entre le défrichage, le nettoyage, l'amendement, l'engrais vert, le labour, les plantations. Détails et photos sur le site du domaine https://grandspans.fr/notre-histoire/
En 2019 la parcelle est enfin plantée, 5500 plants (dans l’idéal 6000 bouteilles les années où tout ira bien) 2/3 de pinot noir sur la gauche, 1/3 savagnin sur la droite. Jean-Marie est un grand amateur de vins du Jura, des vins jaunes mais pas uniquement. Les sols argilo-calcaires ici sont adéquats pour le savagnin, le climat aussi, et ça peut être une bonne réponse au manque d’acidité des derniers millésimes. Comme il y a beaucoup de calcaire actif, la vigne a été greffée sur fercal. Les pinots sont des massales avec une grande diversité génétique, idem pour les savagnins sélectionnés chez le pépiniériste Guillaume dans le Jura. Tout est taillé guyot-poussard.
D'après le site du domaine : « La taille Guyot-Poussard que nous tentons de mettre en place est une forme de taille douce. Les coupes annuelles doivent être ordonnées de telle sorte que les plaies de taille aient des surfaces réduites et soient situées sur la face supérieure des rameaux. En dehors de cette zone, le bois est sain et sans plaie. La sève circule alors librement. En outre, deux bras sont construits, la baguette portant les fruits est ainsi alternée chaque année. Chaque plant étant différent, cette taille est très chronophage, mais passionnante. Heureusement, Caroline du domaine de l’arbre blanc nous conseille et nous corrige patiemment. L’ambition est évidemment de mettre en place une vigne vigoureuse et de limiter le dépérissement des pieds. »
La parcelle est très pentue, exposée sud très légèrement à l’est, solaire, très lumineuse le matin, protégée des vents d’Ouest. Ici, il n’a pas gelé en 2024 contrairement à tout le sud de Clermont, probablement grâce à ce soleil très matinal, peut-être aussi grâce aux haies et au fait de ne pas être trop bas dans la plaine. L’autre avantage ici c’est que la pression des maladies fongiques est faible, il y a peu de vignes autour, pour le moment 2 à 3 traitements par an suffisent.
Le travail à la vigne est bio, certifié. Jean-Marie est un passionné de biodiversité : il y a des haies tout autour, des composts sont réalisés en bas de la parcelle, les couverts végétaux sont déjà magnifiques après 4ans, avec beaucoup d’avoine, des coquelicots… Pas de labour, piochage de l’intercep. La vigne est palissée très haute pour avoir à la fois de la photosynthèse et le maximum d’ombre. Ebourgeonnage sévère sur ces jeunes vignes. Le savagnin se comporte très bien pour le moment, « il cherche toujours à monter, il est plus simple à gérer que le pinot qui a toujours besoin d’être redressé lui ». D’ailleurs tous les manquants sont replantés en savagnin, Jean-Marie regrette presque de ne pas en avoir planté un peu plus…
La Cave
Direction Veyre-Monton, dans le garage pour le moment. Mais un bâtiment est en construction à Saint-Sandoux pour l’avenir.
L’hygiène est parfaite, Jean-Marie y accorde beaucoup d’importance, nécessaire lorsqu’on travaille en nature.
Les raisins rentrent très tôt des vendanges, c’est l’avantage de travailler sur une petite surface. Sur une année chaude comme 2023, tout était rentré à 10h. Peu de vignerons peuvent se le permettre. C’est pour cette raison que le domaine n’a pas vraiment prévu de s’agrandir…
Tout passe dans le petit pressoir vertical, « c’est pratique parce qu’on voit ce qu’on fait, et parce que les jus traversent les rafles, ils sont en quelque sorte filtrés ».
Il y a ensuite un inertage dans la carboglace et tout part dans des cuves inox. Les blancs sont sur lies, il n’y a pas de bourbes en sortie de pressoir pour le moment.
Les rouges sont travaillés grappe entière, une sorte de semi-carbo avec une macération préfermentaire. Les jus de goutte vont dans une cuve et les jus de presse dans l’autre.
A l’heure actuelle les 2023 sont encore dans les cuves, ils attendent la mise en bouteille des 2022 en juin pour prendre leur place dans les fûts non neufs de chez Olivier Leflaive où Jean-Marie a un peu travaillé. Ce sont donc des élevages longs. « Ça c’est l’avantage d’être tous les deux doubles-actifs avec Corinne, quand tu n’as pas la pression financière et que tu peux te permettre de prendre le temps, ça change tout. Il faut le reconnaître, c’est une chance que nous avons ».
Tout est en levures indigènes, avec des pieds de cuve (sauf le cas du vin de voile), pour le moment aucun vin n’a eu besoin d’être sulfité que ce soit les 2022 ou les 2023. Le rouge 2022 verra probablement 10mg à la mise, mais ce sera décidé en fonction des analyses au labo.
Les levures du savagnin sous voile ont été sélectionnées avec l’INRA où Jean-Marie a ses entrées puisqu’il y travaille. Mais en faisant des essais sur des petites dames-jeannes on se rend compte que le savagnin même en Auvergne fait spontanément du voile !
Tout est embouteillé avec vide d’air, bouchons liège de qualité, dans l’optique d’une bonne garde.
Les 2022 sur fût
Tout est là !
228L de blanc, 300L de rouge et un fût de vin jaune qui sera mis en bouteille dans 2-3ans probablement (non goûté car difficile de toucher à un vin de voile en cours d’élevage). Il devrait y avoir le double de bouteilles en 2023 et on espère le triple en 2024.
Pas vraiment de volatile à l’analyse, pourtant le vigneron n’y est pas complètement hostile lorsqu’elle s’intègre bien dans l’équilibre du vin.
Résonance Savagnin 2022 : couleur or pâle, un nez un peu sur la retenue en l’état, il ne laisse pas présager d’une telle bouche. L’attaque est énergique, très bien équilibrée entre une matière dense, surtout pour d’aussi jeunes vignes, et une acidité élevée. Les 14% d’alcool ne se sentent que par le volume et l’intensité pendant que le pH très bas (2,9 en 2022 ! il y aura environ 3,1 en 2023) équilibre le vin, le porte très loin, sur une finale saline très longue. Le profil rappelle clairement de beaux savagnins ouillés du Jura, comme les Notes bleues par exemple. C’est parfaitement propre. Déjà un des plus jolis blancs d’Auvergne dès le premier millésime. Bien sûr c’est un vin de gastronomie, qui avec de telles « mensurations » n’est probablement pas fait pour tout le monde. Il faut clairement aimer la tension. Mais l’élevage long l’a quand même bien patiné. J’ai hâte de le revoir avec quelques années et aussi de voir le 2023.
Magnétique Pinot noir 2022 : un peu le contraire du précédent, un pinot clair en couleur, léger (entre 12,5 et 13%), acidulé, aux tannins souples, qui n’est pas maigre pour autant, mais très digeste, sur la griotte, la groseille, avec aussi une note fumée bien présente, typique des 2022 apparemment puisqu’on retrouve la même chez l’Arbre Blanc sur ce millésime-là. Pour le moment les deux s’équilibrent bien. Il va être important que le fumé ne prenne pas trop les devants par rapport au fruit je pense. Un pinot élégant, frais, qui devrait s’aborder facilement en jeunesse.
Un grand merci à Jean-Marie pour la visite. Je venais au départ pour la curiosité de goûter les premiers savagnins d’Auvergne, et force est de constater que c’est une vraie réussite. Le pinot est lui aussi très intéressant sur cette très belle parcelle parfaitement « jardinée ». Mais le savagnin par son originalité, et surtout les pH qu’il peut donner aux vins tout en gardant volume et longueur m’a semblé ce jour-là la meilleure réponse au réchauffement climatique qui est le grand problème des blancs d’Auvergne à l’heure actuelle.
Le savagnin : l’avenir de l’Auvergne ? Et pourquoi pas ? Il me semble en tout cas bien mieux adapté que le chardonnay !